Les manipulations de l'information sont "extrêmement difficiles à combattre en restant dans le respect du droit", assure une spécialiste

La géopolitologue Frédérick Douzet explique que si le principe de la manipulation de l'information existe depuis longtemps, c'est la "manière dont elle se propage" qui est nouvelle.

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Radio France
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Des serveurs spécialisés dans la cybersécurité (illustration). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Les manipulations de l'information sont "extrêmement difficiles à combattre quand on tient à rester dans le respect du droit et des valeurs démocratiques", car elles peuvent être "légitimes" ou "clandestines et illicites", a expliqué mercredi 2 juin sur franceinfo Frédérick Douzet, professeure à l’Institut français de géopolitique de l'université Paris 8 et directrice du centre Geode. Elle était interrogée après l'annonce de la création par la France d'une Agence nationale de lutte contre les manipulations de l'information en provenance de l'étranger visant à "déstabiliser l'État".

franceinfo : Ces manipulations de l'information représentent-elles un enjeu crucial ?

Frédérick Douzet : C'est un enjeu important qui a pris une ampleur particulière après l'élection présidentielle (américaine) de 2016, dans laquelle la Russie a été accusée d'ingérence, et qui, depuis, a pris des proportions plus importantes. On a vu des opérations d'influence qui ont été dénoncées contre différents États.

Est-on dans un phénomène récent de manipulation de l'information vers les citoyens d'un autre pays ?

La manipulation de l'information existe depuis très longtemps par une très grande diversité d'acteurs. Ce qui est nouveau, c'est la manière dont elle se propage, les moyens qui sont à disposition, la viralité qu'on peut organiser, la dimension industrielle. Mais c'est aussi la facilité d'accès à ses moyens. Ce qui fait qu'on peut s'en emparer en tant qu'individu, en tant qu'État. On observe une grande diversité d'acteurs qui utilisent les réseaux sociaux, internet, pour propager des messages à des fins malveillants.

Est-ce plus difficile à combattre ?

C'est extrêmement difficile à combattre quand on tient à rester dans le respect du droit et des valeurs démocratiques. C'est difficile parce que c'est un défi, techniquement et intellectuellement, de trouver comment arrêter cette propagation de l'information. Mais on est aussi sur des phénomènes qui sont parfois difficiles à caractériser. On a tout le spectre des opérations, dont certaines sont relativement transparentes et même légitimes. D'autres sont opaques, cachées, clandestines et illicites. C'est parfois difficile à les caractériser.

Est-ce que la France court après le temps face à la réalité de ces menaces ?

On a commencé à prendre conscience de l'importance de ce champ avec la montée de la menace terroriste et notamment l'utilisation des réseaux sociaux par Daech, dans les années 2010. On a une évolution qui rend les choses beaucoup plus compliquées. Un adversaire comme Daech, tout le monde est à peu près d'accord sur le fait qu'on peut légitiment le combattre et l'empêcher de communiquer. Mais quand on est dans une zone où il faut distinguer si c'est une information légitime, une information objectivement fausse, ou juste biaisée, ou qui vient d'un acteur hostile ou caché, et qu'on essaie de combiner cela avec le respect des valeurs démocratiques, cela devint beaucoup plus compliqué.

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