Covid-19 : entre retrouvailles et règles sanitaires, le casse-tête des vacances de la Toussaint

Ce samedi marque le début de deux semaines de vacances scolaires, avec leur lot de questions pour bon nombre de familles, en plein regain de l'épidémie.

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Retrouver ou pas sa famille pendant les vacances de la Toussaint, un dilemme pour nombre de Français en pleine pandémie de Covid-19 (photo d'illustration). (WESTEND61 / GETTY IMAGES)

Vacances annulées, écourtées ou encore en suspens : de nombreux Français s'interrogent sur la manière de passer les congés de la Toussaint, tiraillés qu'ils sont entre l'envie de voir leurs proches et la nécessité d'éviter des contaminations au coronavirus.

A cette incertitude s'ajoutent de nouvelles restrictions du gouvernement qui entrent en vigueur le premier jour des vacances, samedi 17 octobre. Un couvre-feu, de 21 heures à 6 heures du matin, est instauré en Ile-de-France, où le virus circule très activement, ainsi qu'à Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne. De plus, les réunions dans la sphère privée sont dorénavant limitées à six personnes sur tout le territoire. Comment concilier retrouvailles en famille et consignes sanitaires ? C'est l'équation à résoudre pour Fleur, Anna, Adeline, Muriel, Pauline* et Luc. Comme 200 autres personnes, ils ont répondu à l'appel à témoignages lancé par franceinfo.

Un cruel dilemme

"Ça va être compliqué ces vacances", lâche Fleur, 46 ans. Cette année, ses neveux ne viendront pas fêter Halloween dans les Yvelines avec ses trois enfants de 13, 12 et 9 ans. Adeline, 38 ans, hésite, elle, à confier ses enfants de 8 et 9 ans à ses beaux-parents, mais elle doit rapidement trouver une solution de garde car elle et son mari n'ont plus assez de jours de congés. Quant à Muriel, 67 ans, elle ne sait pas si elle doit "faire une croix sur la Toussaint" et ne voir ni enfants ni petits-enfants, dans la région d'Aix-en-Provence.

En revanche, pour Pauline*, pas question de changer ses plans. 

"Le bonheur de retrouver ma sœur et mon neveu prime sur le Covid."

Pauline*

à franceinfo

Sa sœur et son neveu doivent arriver en train de Marseille pour passer une semaine en Bretagne chez elle, son mari et ses deux enfants de 15 et 17 ans.

Les parents de Céline, 46 ans, ont trouvé une solution pour éviter la promiscuité. En arrivant de l'Hérault, ils vont installer leur caravane, achetée juste après le déconfinement, devant la maison de leur fille, située dans la campagne d'Aix-en-Provence. "Nous avions envisagé de ne pas nous voir car mon père souffre de problèmes pulmonaires. Mais nous nous manquons tellement. Nous nous sommes vus une seule fois en juillet où nous avons pique-niqué dehors", raconte cette maman deux enfants, de 2 et 7 ans. 

Une absence de règles précises

Refuser à une grand-mère de voir ses petits-enfants est impossible pour Fleur. Alors, même si sa mère a une santé fragile et a du mal à respecter les gestes barrières, la jeune femme a accepté qu'elle vienne à la maison, mais trois jours au lieu d'une semaine. Un séjour qu'elle prévoit compliqué "car [sa] mère n'a pas envie de s'embarrasser avec des contraintes". Elle anticipe déjà les moments où elle va devoir la limiter dans le nombre de bisous faits à ses enfants. "Les rôles s'inversent, d'un coup je deviens la mère qui réprimande." 

Anna, 40 ans, a elle aussi du mal à dire non à son beau-père pour les vacances en Corse. A 79 ans, ce dernier est soigné par chimiothérapie pour un cancer. "Il dit que le temps lui est compté et qu'il est déterminé à voir ses petites-filles", se justifie Anna. Avec son mari et ses deux filles de 2 et 8 ans, ils sont "excités" à l'idée de retourner sur les terres familiales. Mais Anna est aussi rongée par la culpabilité. "Même si mon beau-père nous a donné son feu vert, nous sommes tiraillés par le risque."

L'inquiétude taraude également Céline. Certes, ses parents mangeront dans leur caravane, mais elle a peur de contaminer son père, qui a dû être hospitalisé en 2018 pour la grippe malgré sa vaccination. "C'est terrible, je ne vais pas pouvoir prendre mes parents dans mes bras", se désole-t-elle. Ce qui la contrarie également, c'est le manque d'explications claires sur la manière de vivre au quotidien avec ce virus.

Pour les vacances, nous n'avons pas de recette, pas de mode d'emploi, on ne nous dit pas exactement ce qu'il est possible de faire ou pas.

Céline

à franceinfo

Cette absence de règles précises donne l'impression à Adeline de vivre ces vacances avec une "épée de Damoclès" au-dessus de la tête sans savoir quoi faire. "J'aurais préféré une interdiction de sortie du département. Au moins, nous ne nous serions plus posé la question", avoue-t-elle.

Trouver une parade au manque de lien social

Toutes vont essayer de vivre le plus normalement et en prenant le moins de risques possible. Adeline réfléchit à faire un test sérologique avant de partir retrouver sa mère dans la région grenobloise. Elle a prévu de porter un masque en toute circonstance dans le petit appartement maternel. "Ma mère fera ce qu'elle se sentira de faire avec les enfants. Je pense qu'elle fera attention à ne pas trop les embrasser. Et puis je me rassure en me disant que les enfants ne sont pas transmetteurs." Cette année, la grand-mère d'Adeline ne quittera pas la maison de retraite pour déjeuner avec eux le jour de la Toussaint, ils passeront la voir. 

Le respect des gestes barrières divise. Dans le panel de réponses apportées au questionnaire de franceinfo, 43% pensent ne pas porter de masque en famille et 21% estiment qu'ils ne respecteront pas la distanciation physique. Quant aux tests, 70% ne comptent pas en faire, ni avant ni après leur retour de vacances.  

Dans la famille d'Anna, les festivités vont être restreintes. "D'habitude, nous nous recevons chez les uns et les autres pour la Toussaint, qui est très fêtée en Corse. Cette fois-ci, nous mangerons au restaurant, mais nous n'assisterons pas aux messes." Du côté de la famille de Luc, 54 ans, la traditionnelle réunion familiale a été réduite à six personnes : ses parents, ses trois sœurs et lui-même.

"Dans la maison, avec mes parents qui ne sortent quasiment plus depuis mars, nous éviterons toute accolade ou embrassade."

Luc

à franceinfo

Chacun tente de trouver une parade au manque de lien social. Muriel se dit que la première semaine de vacances pourrait être une sorte de "quarantaine" pour ses petits-enfants qui n'auront pas cours. "Comme ça, nous pourrions nous voir la deuxième semaine car c'est dur tout ce temps sans voir personne." 

Dans l'ombre de ces vacances automnales plane un doute sur celles de Noël. "Pour mes beaux-parents, c'est inenvisageable de ne pas nous voir à la Toussaint, constate Anna. Ils ont peur d'un reconfinement et que nous ne puissions pas revenir à Noël. Alors il ne faut pas louper une occasion !"

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