Cet article date de plus d'un an.

Covid-19 en Chine : comment interpréter le chiffre de 60 000 morts en un mois annoncé par les autorités sanitaires ?

Critiquée pour ses bilans sous-évaluant la réalité, la Chine semble montrer avec les données dévoilées samedi "qu'elle n'est pas dans le déni", estime Carine Milcent, spécialiste du système de santé chinois.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3 min
Des patients atteints du Covid-19 à l'hôpital de Tangshan (Chine), le 30 décembre 2022. (NOEL CELIS / AFP)

Critiquée pour son manque de transparence autour du Covid-19, la Chine a annoncé, samedi 14 janvier, près de 60 000 morts en lien avec l'épidémie en un mois, soit depuis la levée des restrictions sanitaires dans le pays. "Entre le 8 décembre 2022 et le 12 janvier 2023, un total de 59 938 [décès] ont été recensés" dans les établissements médicaux du pays, a détaillé face à la presse une responsable des autorités sanitaires, Jiao Yahui, citée par l'AFP.

Parmi ces décès, 5 503 ont été causés directement par une insuffisance respiratoire liée au Covid-19, a précisé cette responsable. D'après elle, 54 435 sont, en outre, dus à des maladies sous-jacentes associées au virus. Ce bilan ne tient pas compte des morts survenues en dehors du système hospitalier.

Les données révélées par la Chine sont régulièrement l'objet de critique. Rasmus Bech Hansen, président d'Airfinity, une société de données médicales basée au Royaume-Uni, estimait, dans une interview à France 2 diffusée vendredi, que "la Chine enregistre plus de 20 000 décès liés au Covid chaque jour". Le bilan annoncé samedi par les autorités sanitaires équivaut à 1 665 morts quotidiens en 36 jours.

"Une comptabilité a minima"

"Nous continuons de demander à la Chine des données plus rapides, régulières et fiables sur les hospitalisations et les décès, ainsi qu'un séquençage du virus plus complet et en temps réel", avait déclaré fin décembre, à la presse, dont l'AFP, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Début janvier, l'ONU (contenu en anglais) aussi a émis des doutes sur le nombre de décès communiqué par la Chine.

Le décompte de Pékin a été remis en question notamment en raison d'un récent changement de méthodologie pour comptabiliser les morts du Covid-19 dans le pays. Depuis décembre, seules les personnes décédées directement d'une insuffisance respiratoire liée au virus étaient intégrées dans les statistiques. Il y a un peu plus de trois semaines, Wang Guiqiang, un responsable de la Santé de la ville de Pékin, a cependant affirmé qu'"après une infection par le variant Omicron, la principale cause de décès [des patients] sont des maladies sous-jacentes"

L'OMS a salué samedi la publication des nouvelles données par Pékin, mais a demandé plus de détails sur l'évolution par provinces. Ces nouveaux chiffres tranchent radicalement avec ceux révélés trois jours auparavant : la Chine maintenait mercredi que 37 décès liés au Covid-19 avaient été enregistrés dans le pays depuis le mois dernier, rappelle l'AFP. "Avec un chiffre en augmentation, la Chine montre qu'elle n'est pas dans le déni, tout en tempérant l'importance que le Covid-19 peut avoir", explique à franceinfo Carine Milcent, directrice de recherche CNRS et spécialiste du système de santé chinois.

"Il y a 10 ans, les autorités chinoises auraient nié totalement. Là, elles établissent une comptabilité a minima", souligne l'experte. Une "stratégie de communication" que Pékin a établie "par rapport aux Etats-Unis et à l'Europe", estime-t-elle.

Hôpitaux et funérariums saturés

Difficile pour Pékin d'aller au-delà. "Si la Chine se mettait à changer les chiffres", à alourdir un peu plus le bilan, "ce serait une manière de se dédire par rapport à la politique 'zéro Covid' qui a été menée", analyse Carine Milcent. Or, le président chinois Xi Jinping, en poste depuis 2020, aujourd'hui fragilisé par trois ans d'épidémie, cherche à garder sa mainmise sur le pouvoir. Les déplacements des millions de Chinois, qui se retrouvent en famille pour les festivités du Nouvel An lunaire, représentent un enjeu fort pour les autorités, qui redoutent un nouveau rebond épidémique.

Sur place, beaucoup d'hôpitaux sont débordés. Les malades sont parfois si nombreux que les brancards restent sur le trottoir, a constaté France 2 qui a ces derniers jours enquêté sur "les chiffres cachés".

A Pékin, le reportage montrait une file d'attente immense devant un funérarium en suractivité, tandis qu'à Shanghai, dix minutes de recueillement étaient accordées, contre 30 minutes il y a quelques semaines. Le journaliste s'est également rendu dans un magasin où sont vendues les tenues pour les défunts. Le commerce fait état d'une "impressionnante ampleur de la surmortalité".

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.