Covid-19 : cinq choses à savoir sur la situation sanitaire en Inde, deuxième pays le plus touché au monde par la pandémie

Un record de 200 000 nouveaux cas de Covid-19 en vingt-quatre heures a été enregistré, a annoncé le ministère de la Santé indien jeudi.

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Une file d'attente pour passer un test de dépistage du Covid-19 à Bombay, en Inde, le 14 avril 2021. (PUNIT PARANJPE / AFP)

La courbe des contaminations en Inde n'est plus exponentielle. Elle épouse une ligne verticale. Alors qu'il avait connu une forte baisse des cas de Covid-19 en février, ce pays de 1,3 milliard d'habitants, le deuxième plus peuplé au monde, est confronté à une seconde vague virulente qui se propage à une vitesse inédite depuis le début de la pandémie. Les médecins incriminent, entre autres, les grands rassemblements, qu'ils soient de nature politique ou religieuse, mais d'autres causes ne sont pas exclues, avec l'apparition d'un nouveau variant identifié sur le sol indien, plus contagieux.

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Lundi 12 avril, l'Inde avait officiellement enregistré un total de 13,5 millions de cas, ce qui en fait le deuxième pays le plus touché au monde, après les Etats-Unis (quatre fois moins peuplés). Voici cinq choses à savoir sur la pandémie dans le pays dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi.

Le nombre de contaminations a doublé en deux semaines

Depuis début avril, le nombre de contaminations quotidiennes a plus que doublé, selon les autorités sanitaires. Jeudi 15 avril, un record de 200 000 nouveaux cas de Covid-19 en vingt-quatre heures a ainsi été enregistré, selon le ministère de la Santé. A la date du lundi 12 avril, 873 000 contaminations avaient été comptées sur une semaine.

Toutefois, le Brésil (six fois moins peuplé) avait enregistré à la même date 497 000 cas en une semaine, et les États-Unis (quatre fois moins peuplés) un peu moins de 490 000 cas. Ce qui permet de relativiser les statistiques indiennes.

Difficile, de toute façon, de connaître la réalité : le nombre de décès est vraisemblablement sous-estimé. L'Inde n'affiche un bilan officiel que de 175 000 morts depuis le début de la pandémie, soit une mortalité faible, par rapport à la France, qui compte 100 000 morts pour 67 millions d'habitants.

Les rassemblements pour les scrutins régionaux et les pèlerinages inquiètent

A quoi est due cette recrudescence ? Les épidémiologistes dénoncent les lieux et les espaces bondés, alors que les meetings politiques et les rassemblements religieux battent leur plein, avec un grand nombre de participants sans masque. "Le pays entier a été complaisant. Nous avons autorisé les rassemblements sociaux, religieux et politiques", déplore Rajib Dasgupta, un professeur de santé à l'université Jawaharlal Nehru, interrogé par l'AFP.

Quelque 175 millions d'Indiens sont actuellement appelés aux urnes pour des élections régionales, notamment au Bengale-Occidental. Pour que leur parti, le BJP (Bharatiya Janata Party, nationalistes hindous au pouvoir) gagne cette élection, le Premier ministre Narendra Modi et son ministre de l'Intérieur ont tenu des meetings devant des milliers de militants agglutinés souvent sans masque, comme en témoigne cette image.

Des partisans du Bharatiya Janata Party lors d'un meeting du Premier ministre, Narendra Modi, pour les élections régionales au Bengale-Occidental, à Siliguri, le 10 avril 2021. (DIPTENDU DUTTA / AFP)

Dans ce contexte,  le pèlerinage hindou de Kumbh Mela, qui rassemble des millions de personnes à Haridwar, dans l'Etat de l'Uttarakhand (nord du pays), concentre les inquiétudes. Le virus n'a pas dissuadé les pèlerins de se rassembler en nombre. Lundi 12 et mardi 13 avril, la foule était entassée sur les rives du Gange en attendant de pouvoir s'y plonger pour un bain perçu comme purificateur. Mercredi 14 avril, les autorités ont annoncé que plus d'un millier de pèlerins avaient déjà été testés positifs au coronavirus.

Un couvre-feu est décrété dans la capitale économique, Bombay

Le pic enregistré en Inde a conduit de nombreux États et territoires gravement touchés à imposer des restrictions de déplacements et d'activités. C'est notamment le cas dans l'État le plus riche du pays et principal foyer de contaminations, le Maharashtra, où se situe la capitale économique, Bombay. "Autour de 60 000 contaminations sont actuellement dépistées quotidiennement au Maharashtra, soit environ 40 % des nouveaux cas de Covid-19 repérés chaque jour en Inde", rapportait Le Monde le 12 avril.

Aussi un confinement y est-il désormais imposé lors des week-ends, et cette mesure, qui affecte 125 millions de personnes, sera répétée chaque fin de semaine pendant tout le mois d'avril. L'Etat a prévenu qu'un confinement total, une mesure drastique que le gouvernement fédéral et les gouvernements des États cherchent à tout prix à éviter pour protéger l'économie, pourrait être instauré dans les prochains jours si les contaminations continuaient d'augmenter.

Le ministre en chef de New Delhi, la capitale indienne, a déclaré samedi 10 avril que son gouvernement n'était pas favorable à un confinement, mais envisagerait cette mesure si les lits d'hôpitaux venaient à manquer. Selon lui, 65% des nouveaux malades sont âgés de moins de 45 ans.

Les stocks de vaccins s'amenuisent

Alors que l'épidémie repart, la campagne massive de vaccination, elle, patine. L'Inde, qui abrite Serum Institute (SII), plus grand fabricant de vaccins au monde, avait lancé sa campagne de vaccination de masse à la mi-janvier. Mais l'objectif ambitieux du gouvernement de vacciner 300 millions de personnes d'ici à la fin du mois de juillet accuse du retard en raison de ruptures de stocks dans certains États. Les réserves s'amenuisent, alors que 94 millions de doses de vaccin ont déjà été administrées.

Une file d'attente pour recevoir une dose de vaccin Covishield (AstraZeneca), dans l'Etat de l'Uttar Pradesh, en Inde, le 9 avril 2021. (SANJAY KANOJIA / AFP)

Conséquence : les 72 centres de vaccination privés de Bombay ont été fermés du samedi 10 avril au mardi 13 avril, tandis que les horaires d'ouverture ont été restreints dans les centres publics, menacés de fermeture s'ils ne sont pas approvisionnés.

Face à ce risque de pénurie, l'Inde a annoncé mardi 13 avril que le vaccin russe Spoutnik V était désormais autorisé. Il s'agit du troisième vaccin à obtenir l'approbation des autorités indiennes, aux côtés de Covishield, version du vaccin Oxford-AstraZeneca produite localement, et de Covaxin, un vaccin indien développé par la société nationale Bharat Biotech. Par ailleurs, New Dehli a également ralenti ses exportations de doses.

Un variant "double mutant" suspecté d'être à l'origine de la flambée des cas

Selon l'Institut de virologie de Pune, cité par The Indian Express (article en anglais), les variants seraient également responsables de la reprise de l'épidémie. Un nouveau variant d'origine indienne dit "double mutant" (B.1.617), a été identifié dans 61% des échantillons prélevés dans l'Etat du Maharashtra, entre janvier et mars. Il s'ajoute aux variants identifiés au Brésil et en Afrique du Sud, également présents sur le sol indien.

Ses symptômes sont différents (on parle de saignements de nez), mais surtout les médecins montrent qu'un grand nombre de cas ne sont même plus détectés par les tests PCR : des scans sont nécessaires pour confirmer les infections. "De telles mutations confèrent un échappement immunitaire [une moindre résistance à l'infection] et une infectivité accrue", expliquait fin mars le ministère de la Santé indien dans un communiqué.

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