Covid-19 : "Au point où on en est", l'épidémiologiste Dominique Costagliola "ne voit pas comment éviter un confinement total"

À part la région Paca, stable, et la Corse où l'épidémie recule, "dans toutes les autres régions cela a augmenté de façon incroyable depuis début mars", alerte la directrice de recherches à l’Inserm.

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Radio France
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L'épidémiologiste Dominique Costagliola devant la commission d'enquête du Sénat sur la gestion de la crise sanitaire, le 15 septembre 2020. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"Dans les prochains jours et semaine, nous aurons des nouvelles mesures à prendre, tous ensemble" contre l'épidémie de Covid-19, a annoncé jeudi Emmanuel Macron, lors d'un point de presse à l'issue du premier jour du Conseil européen. "Au point où on en est je ne vois pas comment on ne peut pas aller vers un confinement total", a réagi vendredi 26 mars sur franceinfo la professeure Dominique Costagliola, épidémiologiste, directrice de recherches à l’Inserm.

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franceinfo : Emmanuel Macron a estimé qu'il avait eu raison de ne pas reconfiner la France. Que pensez-vous de cette déclaration ?

Dominique Costagliola : Le rôle du confinement précoce aurait été de ralentir la diffusion du variant anglais, puisqu'il n'est pas possible de l'arrêter complètement. On voit bien sur les courbes que cela repart à la hausse dans la plupart des régions depuis début mars. Le but aurait été de limiter cette circulation de telle sorte qu'une explosion un mois plus tard, lorsqu'on avait plus de dose, aurait permis d'éviter la situation qu'on observe à l'hôpital à l'heure actuelle. Ce qui a aussi retardé l'augmentation des cas à l'hôpital c'est la vaccination des personnes les plus fragiles. Avec le variant anglais il y a un changement de la proportion des gens entre l'hôpital et la réanimation. On avait plus de gens jeunes. Cela a compliqué l'interprétation des données.

Le gouvernement veut attendre de voir l'efficacité des mesures prises dans les 16 départements tendus avant de prendre d'autres mesures. Est-ce une bonne chose ?

Quand on voit la situation à l'hôpital dans certaines régions, notamment en Île-de-France, on sait qu'ils ne peuvent pas attendre. Si ça ne marche pas cela va être terrible. La différence entre ce qui s'est passé en octobre et maintenant c'est qu'en octobre c'était l'ancien variant, celui qui a fait l'essentiel de l'épidémie. Là, on a un variant à la fois plus transmissible et plus grave. Alors il faut des mesures plus sévères.

"Tout le monde est d'accord pour dire que les mesures qui ont été prises ne sont pas tellement sévères. Donc la probabilité que cela marche au bout de 10 jours me paraît assez modeste."

Dominique Costagliola, épidémiologiste, directrice de recherches à l’Inserm

à franceinfo

Quelles mesures faut-il prendre ?

Au point où on en est, je ne vois pas comment on ne peut pas aller vers un confinement total. Je ne vois pas comment on va réussir à s'en sortir dans les écoles où la situation s'aggrave. Les incidences dans les 10 à 19 ans sont extrêmement élevées en Île-de-France et cela a quasiment doublé en deux semaines. Dans les écoles, tous les indicateurs ont doublé en une semaine.

Est-ce qu'on ne fait que repousser l'échéance d'un confinement strict ?

Dans certaines régions les hôpitaux sont dans des situations catastrophiques. En Île-de-France on en est à la déprogrammation maximum, on utilise les blocs pour installer des services de réanimation. Je ne fais plus d'opérations du tout. Pour l'instant on ne voit pas la tendance s'arrêter. Il y a un délai assez long entre le moment où on agit sur l'incidence du virus et le moment où cela agit sur l'hôpital. On sait déjà que les 10 prochains jours vont continuer sur la tendance actuelle.

Est-ce que les Français accepteraient un 3e confinement ?

Je pense que la situation va de toute façon l'imposer. Si vous regardez l'incidence en France, il y a deux régions qui sont à part : PACA où c'est stable mais haut et la Corse où c'est bas et où ça baisse. Dans toutes les autres régions cela a augmenté de façon incroyable depuis début mars.

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