"On est partis pour des mois de cohabitation avec le coronavirus tant qu'on n'a pas trouvé un vaccin", selon une experte

La question de l'immunité collective est en effet remise en question, explique Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, car on n'est "pas tout à fait sûr" qu'une personne qui a contracté le Covid-19 en est protégée par la suite.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, donnait le 28 mars une conférence de presse sur le Covid-19. Les informations près d'un mois plus tard ne sont plus les mêmes. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / POOL / AFP)

À quoi ressemblera la vie d'après dans trois semaines ? Le 11 mai est prévu le début d'un déconfinement progressif, Édouard Philippe a esquissé dimanche le tableau de la vie d'après lors de son allocution. Il nous faudra apprendre ou réapprendre à cohabiter avec ce virus. Pour Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris et invitée lundi 20 avril sur franceinfo, "on est parti pour des mois de cohabitation avec le virus, tant qu'on n'a pas trouvé de vaccin".

Coronavirus : les dernières informations sur la pandémie dans notre direct.

franceinfo : Le Premier ministre ne parle pas de déconfinement, mais de sortie du confinement. Cela veut dire qu'il faudra apprendre à vivre avec ce virus ?

Karine Lacombe : Oui, ce n'est pas parce qu'à partir du 11 mai, on va lever le confinement progressivement que le virus aura disparu. Le virus va continuer de circuler dans la population. On va continuer d'avoir des cas donc tout le but, c'est de faire en sorte qu'il y en ait le moins possible en même temps, qu'on puisse les prendre en charge à l'hôpital et surtout, qu'il y ait moins, beaucoup moins de décès que ce que l'on a pu voir ces dernières semaines. On est donc partis pour des mois de cohabitation avec ce virus, tant qu'on n'a pas trouvé un vaccin, parce que le traitement, même si on a un traitement, ça ne fera pas disparaître le virus tout seul.

On sait que si l'on trouve un vaccin, ce ne sera pas avant l'horizon 2021. Donc il va falloir vivre avec. 

Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine

à franceinfo

Est-ce qu'on n'a pas perdu du temps sur la question des masques, est-ce qu'il n'aurait pas fallu recommander leur port tout de suite ?

Je pense que le port du masque n'a pas été recommandé parce qu'à l'époque, on n'avait pas les moyens de fournir assez de masques pour que ça devienne une obligation. Les masques en tissu également. On a bien vu que l'industrie textile s'est mise en marche, mais elle a mis un peu de temps parce qu'il fallait avoir les matières premières, tout le matériel nécessaire à la confection de ces masques. Ça a commencé. On a bien vu apparaître de plus de plus en plus de personnes avec des masques alternatifs dans les transports, en tout cas à Paris.

C'est donc une perte de temps ?

Il aurait probablement fallu conseiller les masques beaucoup plus tôt, au moins pour les endroits de grande promiscuité que sont les transports en commun. Mais c'est compliqué de recommander fortement quelque chose quand n'a pas le matériel. Le maintien des mesures de distanciation physique marchent extrêmement bien et on le voit dans les transports, justement. Là où beaucoup de personnes circulent pour le travail, effectivement, le port du masque est vraiment important. Et justement, ça, c'est l'autre gros problème. Les masques alternatifs et même les masques chirurgicaux ne sont pas du tout la panacée pour protéger, pour se protéger soi-même. Le masque chirurgical en particulier va vous empêcher de projeter vos postillons, mais ne vous protégera pas des autres. C'est un geste altruiste. Et c'est pour ça que le masque sans le maintien des mesures barrières ne va pas empêcher à lui seul la propagation de l'épidémie.

Est-ce que le fait d'avoir attrapé le virus nous protège à l'avenir ? Peut-on l'attraper deux fois ?

On n'en est pas encore tout à fait sûr. On ne sait pas si ce n'est pas des rechutes plutôt que des nouvelles infections. Il semblerait, en l'état actuel des connaissances, que ce soit plutôt des rechutes que des réinfections. C'est-à-dire que l'on fait un premier épisode avec de la fièvre, on se rend compte qu'on a le virus et puis, pendant quelques jours tous les symptômes disparaissent. Et au bout de une à deux semaines, les symptômes réapparaissent. On a vu quelques cas avec des personnes qui avaient de nouveau des symptômes, mais beaucoup moins forts qu'au début. Et quand on refait une PCR ["polymerase chain reaction", un des tests pratiqués pour détecter la présence du Covid-19], on se rend compte que le virus est toujours là. Est-ce que le virus a persisté à l'état beaucoup plus faible pendant quelques semaines, puis s'est remis à se multiplier ? On ne sait pas. On ne sait pas si ce virus est un virus contaminant. Les travaux de recherche sont en cours. C'est extrêmement important : si c'est une infection, c'est-à-dire qu'on l'a attrapé une fois, qu'on n'a pas développé d'anticorps protecteurs et qu'on le rattrape parce qu'on n'est pas protégé, alors ça change complètement la donne. Parce que ça veut dire qu'on n'aura plus d'immunité collective autre que par celle qu'on peut acquérir avec un vaccin. Et donc, évidemment, ça repousse d'autant plus loin la perspective d'un contrôle réel de l'épidémie dans la population.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.