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Coronavirus : on vous explique comment le cours du pétrole américain a pu chuter sous la barre de zéro dollar

La valeur du baril de pétrole WTI coté à New York pour livraison en mai s'est effondré à un niveau jamais vu lundi. Il a terminé à -37,63 dollars (-34,72 euros). 

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Des traders, à New York (Etats-Unis), le 5 janvier 2015. (YANA PASKOVA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La chute est aussi spectaculaire qu'historique. Au terme d'une séance épique, le cours du pétrole américain s'est effondré, lundi 20 avril, passant sous la barre de zéro dollar. Il a terminé à -37,63 dollars (-34,72 euros).

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Franceinfo détaille comment le baril des Etats-Unis s'est retrouvé à une valeur aussi faible et les éventuelles conséquences que peut engendrer cette chute.

Que s'est-il passé ?

La dégringolade de lundi concerne spécifiquement le baril de pétrole coté à New York West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en mai. Ce contrat expirant mardi à la clôture, ceux qui en détenaient ont été contraints de trouver au plus vite des acheteurs physiques.

Mais, ces dernières semaines, les stocks ont énormément gonflé aux Etats-Unis. Les détenteurs de WTI pour livraison en mai ont fini par vouloir se débarrasser à tout prix de leurs barils, quitte à payer pour y parvenir. En clair, lundi, les personnes qui avaient ces contrats ont accepté de donner 37,63 dollars du baril à ceux qui acceptaient de les acquérir.

"Si ces contrats n'avaient pas trouvé où être livrés, alors ils étaient livrés aux spéculateurs, explique à Libération un trader parisien. Evidemment pas au pied de leur officine… Mais n'importe où ailleurs. Et ne pas honorer cette livraison coûte bien plus cher que vendre à perte, voire payer pour s'en débarrasser, et c'est exactement ce qui s'est passé."

En quoi est-ce historique ?

Depuis sa création en 1983, le baril de WTI n'était jamais tombé en dessous de 10 dollars. Le baril de 159 litres brut coté à New York s'échangeait à 60 dollars début 2020. Vendredi 17 avril, il se trouvait à 18,27 dollars. C'est "sans précédent" et "complètement irréel", commente Louise Dickson, spécialiste du marché pétrolier pour le cabinet Rystad Energy.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Avec la pandémie de coronavirus, la consommation de pétrole est en chute libre partout dans le monde. Résultat : les réserves s'accumulent, notamment aux Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole. A tel point que les capacités américaines sont sous pression. "Les Etats-Unis, en tant que marché enclavé, ont les plus importants problèmes de stockage", commente Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group.

Par exemple, à Cushing, dans l'Oklahoma, où sont stockés les barils servant de référence au WTI, les réserves ont bondi de 48% depuis fin février pour atteindre 55 millions de barils. Le cabinet Rystad Energy a estimé, lundi, que la capacité de stockage restante était de 21 millions de barils.

Les producteurs américains extraient moins de pétrole avec la chute des cours du brut mais ils continuaient à prélever, début avril, 12 millions de barils par jour dans le pays. Dans son dernier rapport hebdomadaire, l'Agence américaine d'information sur l'Energie (EIA) a fait état d'une hausse de 19,2 millions de barils de brut sur une seule semaine, soit la plus forte hausse hebdomadaire depuis que ces statistiques sont publiées.

En résumé, ce sont les difficultés de stockage aux Etats-Unis, couplées à l'extraction continue sur le territoire américain, qui ont conduit à la situation de lundi.

Faut-il craindre un nouveau krach boursier ?

Les spécialistes soulignent que cet épisode est à relativiser. "Ce prix [du WTI pour livraison en mai] ne reflète pas la réalité du marché", commente sur franceinfo Philippe Chalmin, professeur d'économie à l'université de Paris-Dauphine, spécialiste des questions liées aux matières premières. Ce prix a d'ailleurs rebondi, dès mardi matin, sur les marchés asiatiques, repassant au-dessus de zéro dollar. 

Le WTI pour mai n'est qu'un élément "dans la galaxie des prix du pétrole", insiste Philippe Chalmin. Et les autres indices se maintiennent à des niveaux raisonnables et cohérents avec les cours des dernières semaines. Le prix du WTI pour juin se situe, pour l'instant, à 20,43 dollars, celui pour juillet à 26,28 dollars et celui pour août à 28,51 dollars. Quant au baril de Brent de la mer du Nord, la référence du brut en Europe, son contrat de juin enregistre également une baisse mais pointe à 25,57 dollars.

L'écart observé lundi entre le WTI et le baril de Brent est "artificiel", explique au Figaro Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris. "Ce prix négatif [du WTI pour mai] ne veut pas dire que le baril physique de pétrole n'a plus de valeur", écrit sur Twitter l'économiste Maxime Combes, également porte-parole d'Attac.

"La rumeur selon laquelle les supertanks US arriveraient à saturation et ne pourraient bientôt plus stocker davantage de pétrole non utilisé a fait paniquer les marchés (rationnels et omniscients)", a ironisé sur Twitter Gaël Giraud, économiste au CNRS.

Néanmoins, d'autres remous sont à craindre pour les cours du pétrole. Maxime Combes pointe "trop de variables indéterminées à ce stade" pour totalement écarter une future crise majeure, "surtout quand ce futur est dépendant des comportements spéculatifs sur les marchés financiers""Le coût du stockage explose (...) Les effets d'une telle situation sur le marché de l'or noir pourraient rapidement se transformer en grande cata financière", met en garde Libération. "Pour l'heure, la crise s'étend dans l'industrie pétrolière", écrit Le Figaro, avec cet avertissement : "Une certitude, la pandémie de coronavirus entraîne l'économie mondiale dans des territoires inexplorés"

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