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Coronavirus : le Mexique entame le déconfinement alors que l'épidémie continue de progresser

La stratégie de ce pays d'Amérique Centrale face au coronavirus est assez étrange : il entame une sortie du confinement alors que la maladie fait de plus en plus de victimes.

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Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (au centre) avec des responsables de l\'Institut national de la Santé, à Mexico le 4 avril 2020
Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (au centre) avec des responsables de l'Institut national de la Santé, à Mexico le 4 avril 2020 (HANDOUT / MEXICAN PRESIDENCY)

L’attitude du président mexicain et de son gouvernement laisse songeur. Pour Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO comme tout le monde surnomme au Mexique), la pandémie, je cite, est "domptée" et les mesures de distanciation sociale ont permis de "réduire son impact de 74%".

Le déconfinement est donc engagé depuis ce 23 mai avec des rythmes différents selon les régions, mais engagé malgré tout. Alors que l’épidémie flambe. C’est l’un des pays où le nombre de malades augmente le plus fortement depuis 15 jours : 68 600 cas de contamination, 7 400 morts selon le dernier bilan, dont 215 lors de la seule journée du 24 mai, et près de 1 500 décès supplémentaires en une semaine. Et surtout, ce bilan est largement en-dessous de la réalité, même le gouvernement le reconnaît.

Certains épidémiologistes estiment même que le bilan réel est 20 fois plus élevé. Dans la capitale Mexico, qui à elle seule compte 70% des cas dans le pays, le système de santé est débordé. D’autant qu’il souffre de décennies de sous-investissement. Le Mexique, en tout et pour tout, ne compte que 4 370 lits de réanimation, pour une population de 120 millions d’habitants. Avec en plus de nombreux facteurs de risque : des taux d’obésité, de diabète et d’hypertension parmi les plus élevés au monde.  

Sous la pression économique de Trump

La raison principale de cette décision de sortie du confinement est économique : un Mexicain sur deux vit sous le seuil de pauvreté et dépend de l’économie informelle. Le pays ne peut pas se permettre de laisser ses activités à l’arrêt. Ajoutons que les grands industriels mexicains poussent également dans le sens de l’arrêt du confinement : par exemple le multimillionnaire Ricardo Salinas qui, au début de l’épidémie, avait donné ordre à ses salariés de continuer à travailler. 

Et puis il y a la pression du grand voisin du Nord : les Etats-Unis veulent faire redémarrer leur économie, et ils ont besoin du Mexique, auquel ils sous-traitent de nombreuses activités, par exemple la fabrication des distributeurs bancaires ou de très nombreuses pièces détachées pour l’automobile. Donald Trump pousse AMLO à relancer sa machine économique. Et AMLO, pour justifier cette décision, affirme donc avoir vaincu la maladie.    

Amulettes et trèfle à six feuilles

Il faut dire aussi que le président mexicain a lui-même, à titre personnel, un comportement assez douteux depuis le début, un peu comme son homologue brésilien Jair Bolsonaro, même si les deux hommes sont de bords politiques opposés : Bolsonaro est d’extrême- droite, AMLO est de gauche. A la mi-mars, il a commencé, en conférence de presse, par brandir des amulettes traditionnelles et un trèfle à six feuilles, en les présentant comme ses "gardes du corps" contre le virus. Il a manifesté du dédain pour l’utilisation du gel hydroalcoolique, et continué jusqu’à début avril, à promouvoir les bains de foule et la fréquentation des restaurants.

Il a fini par se ranger à l’avis des médecins en avril et à instaurer le confinement. Mais ça n’aura donc pas duré très longtemps. Aujourd’hui, sa décision de déconfiner est loin de faire l’unanimité dans le pays : plusieurs gouverneurs régionaux refusent pour l’instant de lever les mesures de restriction.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (au centre) avec des responsables de l\'Institut national de la Santé, à Mexico le 4 avril 2020
Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (au centre) avec des responsables de l'Institut national de la Santé, à Mexico le 4 avril 2020 (HANDOUT / MEXICAN PRESIDENCY)