Coronavirus : le budget de crise prévoit "un déficit absolument gigantesque, mais nécessaire", estime Éric Wœrth

Le député Les Républicains de l'Oise a voté le second projet de loi de finances rectificatif proposé par le gouvernement pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus, mais demande à ce que des améliorations soient adoptées. 

Éric Woerth, député de l\'Oise et président de la Commission des finances de l\'Assemblée nationale, sur le plateau de franceinfo, en décembre 2017. 
Éric Woerth, député de l'Oise et président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, sur le plateau de franceinfo, en décembre 2017.  (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / FRANCE-INFO)

Face au coronavirus et à l'urgence économique, l'Assemblée nationale a voté dans la nuit de vendredi 17 à samedi 18 avril un nouveau budget aux dépenses considérablement alourdies, entre soutien aux entreprises et aide aux plus modestes. Ce second projet de loi de finances rectificatif, après celui adopté en mars, doit être examiné au Sénat mardi 21 avril. Il tient compte du plan de 110 milliards d'euros annoncé par le gouvernement pour soutenir l'économie. Il prévoit un déficit pour 2020 de 9,1 % du PIB avec une croissance en recul de 8 %. Un chiffre qui n'est pas définitif selon le ministre de l'Économie. "Un déficit absolument gigantesque mais nécessaire" a estimé ce samedi 18 avril sur franceinfo le député Les Républicains de l'Oise, et président de la Commission des finances à l'Assemblée, Éric Wœrth.

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franceinfo : Est-ce que ce plan de 110 milliards d'euros est suffisant pour vous ?

Eric Woerth : Nous l'avons voté. Nous soutenons les mesures d'aide pour notre économie qui s'est arrêtée. Sinon nous irions vers une catastrophe économique. Ça coûte très cher, c'est un déficit que l'on n'a pas connu depuis, j'imagine, la guerre. C'est un déficit absolument gigantesque mais c'est nécessaire. Le plan est assez complet. Il couvre à la fois les personnes les plus modestes, avec un peu de revenus supplémentaires. Il couvre les entreprises qui ont dû fermer. Il couvre les personnes qui gardent leur contrat par le chômage partiel. Il essaie d'être assez englobant.

Après, il y a toujours des trous dans la raquette, on le sait bien. Le gouvernement les complète dans la mesure des remontées de terrain faites par les parlementaires.

Qu'est-ce qui doit être complété selon vous ?

Il y a un certain nombre de choses. Le cumul emploi/retraite, des gens qui ont des petites retraites et qui les cumulent avec un emploi qui n'est pas forcément un emploi salarié. Les étudiants qui complètent leurs revenus pour payer leurs études, au-delà de leurs bourses bien souvent. Des sujets de cette nature. On milite aussi pour la simplification de l'accès à ces mesures.

Les mesures c'est une chose, l'accès aux mesures en est une autre. Il y a eu beaucoup de difficultés pour l'accès au chômage partiel. C'est une bonne mesure, issue de l'expérience de la crise de 2008. C'est une mesure massive et le gouvernement l'emploie comme il le doit. Mais les conditions pour y accéder ont été très techniques. C'est en train de se résoudre. Il ne faut donc pas mettre trop de bureaucratie. C'est comme les prêts aux entreprises prévus par l'État. Il faut que les banques puissent mettre un maximum d'automaticité. Pour que les entreprises en difficulté qui connaissent une procédure judiciaire puissent avoir accès dans certaines conditions aux prêts garantis par l'État.

Sept milliards d'euros en faveur des très petites entreprises, est-ce que ça répond suffisamment à une demande qui est très forte ?

Ces chiffres sont sûrement faux. Les chiffres de déficit et de récession sont sûrement faux, parce que la situation évolue tout le temps. Le gouvernement, pendant ces deux jours d'examen a lui-même énormément modifié ses propres chiffres. Ce sont des indicateurs. En réalité qu'importent ces chiffres. Que vous soyez à 8 % de récession ou à 10 % c'est de toute façon gigantesque.

Le sujet c'est 'qui va payer ?'. C'est l'économie qui va payer. Et pour cela il faut qu'elle reparte. Une économie qui repart crée de la ressource fiscale, elle crée des revenus, des prestations sociales, donc elle enlève des dépenses publiques. Ce n'est pas la fiscalité qui va permettre ça, ce ne sont pas les impôts. La gauche voulait rétablir l'ISF, c'est une vieille affaire. Si l'on augmente la fiscalité dans un pays qui est déjà la première nation au monde en matière de fiscalité et de cotisations sociales, ça va accroître la récession et empêcher la reprise économique.