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Coronavirus : l’Afrique face au choix sanitaire ou économique

Face au virus, l’Afrique s’adapte.  Mais le confinement a un coût économique très lourd.

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Les rues vides de la capitale rwandaise, Kigali, en plein confinement le 4 avril 2020
Les rues vides de la capitale rwandaise, Kigali, en plein confinement le 4 avril 2020 (CYRIL NDEGEYA / ANADOLU AGENCY)

Le Rwanda, avec une centaine de cas confirmés, est un des pays les plus touchés d’Afrique de l'est. Un des premiers à avoir imposé le confinement, dès le 21 mars, assorti d’une mesure d’aide à l’alimentation des plus démunis. Une première sur le continent. Dimanche, nouveau geste, plus symbolique que véritablement efficace : le Premier ministre a annoncé qu’aucun ministre, aucun membre du gouvernement, directeur d’administration ou haut fonctionnaire ne touchera son salaire ce mois-ci. L'intégralité de leur paie sera reversée à des programmes sociaux pour aider les plus démunis dans la lutte contre le Covid-19.

Au Rwanda, où 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, cette mesure, pour les autorités, est "un message de solidarité", alors que le confinement semble une mesure quasi impossible à respecter en Afrique. Certains pays, comme le Bénin, l'ont dit : ils n'en n'auront tout simplement pas les moyens financiers. 

La crise sociale et économique qui se profile pire que l'épidémie ?

C'est le sujet d'une étude que l'on retrouve dans l'hebdomadaire Jeune Afrique. Elle émane d'un groupe de conseil, Finactu, qui note que la plupart des états africains, en choisissant le confinement, ont fait le choix de privilégier la lutte contre le virus plutôt que d'anticiper la crise économique. L'étude, très froidement, relativise la mortalité de l'épidémie au regard des autres crises sanitaires que traverse le continent comme Ebola, la rougeole, qui depuis un an a tué plus de 6 000 enfants en République Démocratique du Congo (RDC), sans parler du paludisme.

Et alors que l’Europe annonce des plans de soutiens à coup de milliards d'euros, les pays africains, eux, n'ont ni les réserves ni les amortisseurs sociaux pour venir en aide aux dizaines de millions de personnes dont la survie se joue au quotidien. Des petits métiers, mototaxis, vendeurs de rues, journaliers, qui - s’ils respectent le confinement – ne peuvent pas assurer le minimum vital pour leurs familles.   

Rétropédalage

À Kinshasa, la capitale congolaise, le confinement total n'a finalement duré que 4 jours avant que les autorités ne fassent marche arrière, face à la pression sociale. Le confinement est aujourd’hui limité au quartier névralgique de Gombe, où se concentre l'essentiel du pouvoir économique et politique du pays.  

En Afrique du Sud, pays le plus touché du continent, le confinement a été allégé en fin de semaine dernière pour permettre à la population d'aller chercher les aides sociales dans les bureaux de poste, provoquant des cohues, du chaos, loin de toute distanciation sociale. Un dilemme que l’on retrouve dans de nombreux pays où l’économie informelle est majoritaire, et qui ne risque que de s’aggraver alors que la crise ne fait que commencer.

Les rues vides de la capitale rwandaise, Kigali, en plein confinement le 4 avril 2020
Les rues vides de la capitale rwandaise, Kigali, en plein confinement le 4 avril 2020 (CYRIL NDEGEYA / ANADOLU AGENCY)