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Coronavirus : "La fin d'une épidémie ne se décrète pas politiquement", estiment des maires opposés à la réouverture des écoles

En attendant la présentation de la stratégie nationale de déconfinement par le Premier ministre, mardi 28 avril à 15 heures, des maires de petites ou grandes communes s'élèvent contre la réouverture des écoles prévue à partir du 11 mai. 

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Le panneau d'affichage d'une école fermée en raison de l'épidémie de Covid-19, à Paris, le 23 mars 2020. (MATHIEU MENARD / HANS LUCAS / AFP)

"Le temps presse. Il reste six jours ouvrables aux maires pour s'organiser", observe Christophe Bouillon, président de l'Association des petites villes de France, au micro de franceinfo, lundi 27 avril. Entre la présentation de la stratégie nationale de déconfinement par le Premier ministre, Edouard Philippe, mardi 28 avril, et la date de sortie du confinement, le 11 mai, les édiles ont peu de temps pour appliquer les recommandations du gouvernement avant d'ouvrir les écoles dont ils ont la responsabilité.

Emmanuel Macron a promis devant des maires, jeudi 23 avril, un déconfinement qui pourrait être adapté aux réalités de chaque territoire et un retour à l'école sur la base du volontariat des parents. Mais ces propos n'ont pas rassuré certains élus qui restent opposés à la réouverture des classes.

"S'il y a le moindre problème, c'est la collectivité publique qui sera attaquée"

"L'épidémie ralentit grâce au confinement et on va mettre dans le même lieu enfants, instituteurs, personnel communal sans les avoir testés, sans masques et sans prise de température à l'entrée. Je considère cette ouverture des écoles prématurée", s'insurge Philippe Saurel, maire de Montpellier (Hérault), auprès de franceinfo.

Sa commune compte 130 écoles et il ne souhaite prendre aucun risque, ayant encore en mémoire le premier tour des élections municipales. "Le gouvernement décide en urgence de fermer les écoles. Mais le dimanche suivant, nous pouvons aller voter sans risque ! Et aujourd'hui, élus et assesseurs paient un lourd tribut."

Un "désarroi profond" envahit certains édiles comme Henri Fauqué, maire de Saulce-sur-Rhône (Drôme), 1 855 habitants, ou Denis Juin, maire de Fanjeaux (Aude), 950 habitants. Ce dernier avoue ne pas comprendre "pourquoi le président et le Premier ministre, qui suivaient les recommandations du Conseil scientifique, d'un seul coup ne les suivent plus". Celui-ci préconise en effet de rouvrir les écoles en septembre.

On nous impose une reprise de l'école sous la contrainte économique, en faisant fi des contraintes sanitaires.

Henri Fauqué, maire de Saulce-sur-Rhône

à franceinfo

"La fin d'une épidémie ne se décrète pas politiquement", renchérit Philippe Saurel. Ces élus craignent que le retour des enfants à l'école ne soit un facteur de prolongation de l'épidémie, faute de moyens suffisants. Directement confrontés aux inquiétudes des enseignants et des parents d'élèves, ils affirment ne pas vouloir endosser la responsabilité de la réouverture des établissements scolaires.

Ces maires souhaitent que les préfectures, c'est-à-dire l'Etat, assument cette réouverture en définissant "un cadre avec les responsabilités de chacun". "Soixante-dix pour cent des parents de ma commune ne veulent pas remettre leurs enfants à l’école. S'il y a le moindre problème sanitaire à la suite de la reprise de l'école, c'est la collectivité publique qui sera attaquée par les familles, pas les préfectures", prévoit Henri Fauqué.

L'élu a même pris un arrêté municipal sur le maintien de la fermeture des écoles de sa commune. Car il assure ne pas pouvoir préparer, faute de temps, les locaux et le personnel pour garantir leur sécurité sanitaire ainsi que celle des élèves. Le préfet lui a demandé de retirer son arrêté, le jugeant "entaché d'illégalité", rapporte Le Dauphiné libéré. Le maire, certain de son bon droit, se dit prêt à défendre sa décision devant le tribunal administratif.

"On n'ouvre pas une école en un claquement de doigts"

Les classes de grande section de maternelle, de CP et de CM2 devraient rouvrir leurs portes dès le 11 mai. Le maire de Fanjeaux, Denis Juin, s'interroge sur ce choix pédagogique qui concerne une partie des 85 élèves de sa commune. "Je ne comprends pas trop pourquoi ils veulent absolument ouvrir les classes de grande section, CP et CM2 en premier ? Pourquoi elles et pas les cours élémentaires ?"

L'édile anticipe déjà la difficulté pour la maîtresse de faire respecter les gestes barrières à des enfants de 5 ou 6 ans. "C'est impossible pour eux de jouer avec leurs copains à plus d'un mètre de distance", souligne le maire.

Le personnel va passer la journée à faire attention au bon respect des distances au détriment de l'enseignement. Pourquoi prendre tous ces risques pour ça ?

Denis Juin, maire de Fanjeaux

à franceinfo

D'autant que le nombre de jours passés en classe pour chaque élève pourrait n'être réellement que de 15 jours et non 30. Car si le maximum de 15 élèves par classe est retenu, cela implique de faire cours par demi-journée. "La balance entre le risque encouru et l'avantage d'une reprise de l'enseignement en présentiel n'est pas probante", estime Philippe Saurel, le maire de Montpellier.

"Le seul intérêt d'une ouverture d'école serait pour les élèves de CM2 car, en septembre, il y a l'entrée au collège. Mais pour les autres, je ne vois pas", s'interroge toujours le maire de Fanjeaux. "Les notions qui n'auraient pas été abordées au cours de ce troisième trimestre pourraient être reprises au début de l'année suivante", explique l'édile, qui s'est longuement entretenu avec la directrice de l'école du village. "D'autant que la continuité pédagogique fonctionne bien et qu'aucun élève n'a décroché."

Et puis, "même avec la meilleure volonté du monde, on n'ouvre pas une école en un claquement de doigts", souligne Christophe Bouillon, président de l'Association des petites villes de France. Les défis sont nombreux : désinfecter les classes trois fois par jour, faire déjeuner les élèves dans la classe, remettre en place l'accueil périscolaire.

Je n'ai pas assez de personnel pour garder les enfants qui ne seront pas en classe et pour nettoyer tout au long de la journée. Avec quel argent vais-je payer les heures supplémentaires et la personne que je dois recruter ?

Henri Fauqué

à franceinfo

Le maire de Saulce-sur-Rhône a calculé avec son équipe qu'il faudrait passer à quatre services de restauration pour nourrir les 180 élèves par demi-groupe. "Cela nécessiterait une suspension de cours de quatre heures." En attendant d'en savoir plus, chacun a prévu de rencontrer d'ici la fin de semaine les représentants de parents d'élèves, les directions d'école et les agents communaux.

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