Coronavirus : la Commission européenne appelée à déclencher des procédures "en urgence pour maintenir et stabiliser l'économie du secteur agricole"

 L'eurodéputé Éric Andrieu demande notamment la possibilité de stocker le lait et les produits laitiers et regrette que l'Union européenne, par idéologie, n'ait déclenché que certains outils, surtout juridiques, de la PAC.

L\'eurodéputé socialiste Éric Andrieu, le 3 mars 2014 à Paris.
L'eurodéputé socialiste Éric Andrieu, le 3 mars 2014 à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, s’entretient mardi 14 avril avec le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, pour demander à l’Union européenne d’autoriser le stockage du lait et des produits laitiers face aux excédents de production. "C'est urgent", explique Éric Andrieu, député européen socialiste pour la circonscription Grand Sud-Ouest, membre de la commission Agriculture du Parlement européen, interviewé mardi sur franceinfo. Il faudrait selon lui que la Commission européenne mette en oeuvre rapidement "des moyens pour aider les producteurs ou les industriels à stocker ces produits qui sont en trop en attendant que le marché se stabilise".

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franceinfo : Stocker, c'est absolument nécessaire ?

C'est nécessaire et c'est urgent. Je ne comprends pas que la Commission européenne ait déclenché des outils assez rapides autour de la PAC, comme le report de la date de déclaration, l'assouplissement des mesures, l'augmentation des avances, mais qu'elle n'ait pas déclenché ce qu'on appelle les outils de gestion de marché. L'Europe a des outils juridiques et financiers pour acheter des produits en cas de crise, et le stockage privé, c'est-à-dire le financement du stockage privé. Dès lors qu'on stocke, ça a un coût pour le producteur : c'est aussi un second outil. La Commission européenne devrait très rapidement, pour les filières laitières (pour les bovins, les ovins), déclencher ces procédures-là en urgence pour maintenir et stabiliser l'économie du secteur agricole, c'est une évidence.

C'est une question idéologique ou de rivalités entre États ?

Non, je pense que c'est une question idéologique. La Commission européenne est une commission éminemment libérale. Elle a des outils juridiques, c'est l'organisation commune des marchés, et il y a des moyens financiers dédiés pour intervenir publiquement et acheter des produits. Aujourd'hui, par exemple, toute la question de l'aide alimentaire est posée et il y a des moyens d'acheter des fruits et légumes, des produits spécifiques (lait, fromage) pour les redistribuer dans ce moment de crise très forte. Il y a aussi des moyens pour aider les producteurs ou les industriels à stocker ces produits qui sont en trop en attendant que le marché se stabilise, de façon à ce que les producteurs n'aient pas de perte. Aujourd'hui, l'heure n'est pas à la diminution de la production, si ce n'est que nous allons encore affaiblir les petits producteurs.

La logique, c'est donc : on fait tout pour ne pas intervenir ?

Oui, c'est ça. Le ministre va interroger le commissaire et moi demain, j'aurai le commissaire en commission de l'Agriculture au niveau du Parlement européen. Je vais l'interroger parce que je ne comprends pas pourquoi il ne déclenche pas en urgence ces mesures de marché parce que ce sont les seules qui peuvent maintenir l'économie agricole à flot dans ce moment essentiel. Car dans un second temps, on peut manquer de produits et enchaîner sur une crise alimentaire.