Coronavirus : l'épidémie "freine considérablement en France", mais "dans des milieux mal ventilés, il faut garder le masque", préconise un épidémiologiste

Le professeur Antoine Flahault préconise de continuer les "distances sociales autant que possible" dans certains espaces comme des commerces ou des entreprises.

Entrée de supermarché à Besançon (illustration).
Entrée de supermarché à Besançon (illustration). (ALIA DOUKALI / RADIO FRANCE)

Le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste, qui dirige l’institut de santé globale à l’université de Genève, a estimé vendredi 12 juin sur franceinfo que l’épidémie "freine considérablement en France", alors qu’on observe cette première quinzaine de juin "une grande expansion de la pandémie" dans d’autres pays du monde. Les membres du Conseil scientifique sont reçus vendredi par Emmanuel Macron pour faire un nouveau point sur l’épidémie de coronavirus.

>> Déconfinement, soutien à l’emploi, relance industrielle et touristique… Que faut-il attendre de l’allocution d’Emmanuel Macron dimanche à 20 heures ?

franceinfo : Au vu des derniers indicateurs dont vous disposez sur la propagation du virus, est-ce que l'on peut être optimiste ?

Antoine Flahault : En Europe, oui. En Europe, on est dans une décrue quasi généralisée. Dans le monde, on n'a jamais connu autant de cas de coronavirus en ce moment. Cette première quinzaine de juin a été finalement une quinzaine de grande expansion de la pandémie. Par exemple, en Amérique latine, mais aussi en Afrique du Sud, et dans d'autres endroits du monde. En Arabie saoudite, par exemple.

Le virus freine-t-il considérablement en France ?

Oui, il freine considérablement en France. Je dirais qu’en France, Italie, Allemagne, Suisse, Autriche sont des zones où vraiment on a réussi à contrôler l'épidémie de façon très claire. Peut-être que le Royaume-Uni est encore un peu en retard. Et puis, certains pays, comme la Suède ou la Pologne, restent encore dans un plateau assez bas, mais quand même un plateau qui n'est pas complètement éliminé. On ne peut pas dire qu'il ait été éliminé non plus en France, on a eu hier 545 cas rapportés. Il y a entre 200 et 500 cas par jour. C'est encore trop. On est encore dans une circulation du virus qui n'est pas intense, bien sûr, mais qui n’est pas non plus complètement nulle. Elle ne permet pas de complètement relâcher toutes les mesures de distanciation sociale qui ont été préconisées.

Est-ce qu'on peut accélérer le déconfinement dans les entreprises, dans les transports ou dans les écoles ?

On est dans cette phase où l'on peut en effet relâcher un certain nombre de mesures, qui ont été mises en place parce qu'on n'est plus dans la problématique de la protection du système de santé. On n'a plus de tension sur ce système de santé et donc on peut assumer d'avoir quelques clusters, d’avoir quelques petites épidémies locales. Chacun maintenant est un peu partenaire de la lutte contre ce coronavirus pour se sécuriser lui-même. On sait qu’on prend quelques risques, notamment dans les lieux clos, les milieux fermés, mal ventilés. Ce sont des endroits où les clusters aujourd'hui se déroulent. Il y a très peu, à ma connaissance, de clusters sur les terrasses de restaurants ou dans la rue.

Mais c’est différent dans les entreprises, dans les commerces ou les restaurants ?

Les personnels de ces commerces qui sont dans des milieux clos et mal ventilés ont vraiment intérêt à continuer à garder le masque et à continuer à essayer d'avoir des distances sociales autant que possible. C'est différent pour les clients qui passent quelques minutes, quelques dizaines minutes, qui ne sont pas exposés très longtemps dans ces commerces. Dans les entreprises, c'est pareil. Si vous êtes dans un milieu de type open space, assez mal ventilé, assez clos, ce sont peut-être là où il pourrait y avoir encore quelques clusters. Ce n'est pas la panique. Ce sera quelques clusters. Mais pour les gens qui seront concernés, si jamais ils sont à risque, ils savent qu’ils peuvent, peut-être à ce moment-là, continuer le télétravail ou bien se protéger pour essayer de diminuer ce risque.