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Coronavirus : "Il faut adopter de manière systématique le port du masque, dès maintenant", insiste Jean-François Mattei

"Le masque, il est indispensable !", a affirmé mercredi sur franceinfo le président de l’Académie nationale de médecine. Selon lui, il ne faut pas attendre le 11 mai pour en porter, et en faire chez soi sans attendre d'en recevoir un.

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Radio France
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Jean-François Mattéi, invité de franceinfo le 2 mars 2020. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Il faut adopter de manière systématique le port du masque, dès maintenant", insiste mercredi 22 avril sur franceinfo Jean-François Mattei. L’Académie nationale de médecine qu’il préside a publié un communiqué sans ambigüité, où elle explique qu’"attendre la date du 11 mai pour faire porter le masque aux Français, c'est accorder trois semaines de répit" au coronavirus.

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Pour l’ancien ministre de la Santé (2002-2004), il faut agir vite, et dépasser le stade de la recommandation. "Le masque, il est indispensable !", appuie Jean-François Mattei, qui ajoute : "Il suffit d’en fabriquer chez soi avec deux bouts de tissus et une plaque de molleton au milieu, en avoir deux par personne pour un coût de 10 €… Je crois que pour sauver sa vie et celle des autres, ça vaut le coup !"

franceinfo : Quel effet pourrait avoir le port obligatoire du masque obligatoire dans l’espace public dès maintenant, dans une France confinée ?

Jean-François Mattei : Je veux quand même rappeler que nous n'avons ni traitement efficace, ni vaccin face au coronavirus, et que le seul moyen de lutte contre cette maladie est d'empêcher sa transmission de personne à personne. C’est pourquoi on a mis en place les gestes barrières, la distanciation sociale, et le confinement. Confinement qui permet quand même un certain nombre de déplacements dérogatoires. Or, quand vous allez faire vos courses au magasin, que vous le vouliez ou non, la distance d'un mètre n'est pas toujours respectée. Même chose lorsque vous prenez l’ascenseur ou les transports en commun. Il faut donc adopter de manière systématique le port du masque, dès maintenant.

Il faut bien se mettre en tête que ce masque n'est pas pour se protéger soi-même, mais pour protéger les autres. C'est un geste citoyen. Quand nous parlons ou quand nous éternuons, nous nous envoyons des gouttelettes de salive qui sont chargées de virus. On sait même qu'elles peuvent être projetées sur plus d’un mètre et que le virus reste en suspension dans l'atmosphère. Je ne veux pas entendre parler d’objections de principes. Nous sommes là pour donner des conseils sur le plan de la médecine et notre conseil, c'est que dès aujourd'hui, le masque devrait être porté par tout le monde dans l'espace public mais aussi après le confinement. Le masque, il est indispensable !

L’Académie de médecine que vous présidez explique qu’il ne s’agit pas d’attendre que l’État distribue les masques car cela conforterait "la population dans une situation d'assistance et de déresponsabilisation". Cela veut-il dire qu’il faudra que chacun se débrouille pour trouver des masques si le port devient obligatoire ?

Franchement, ces masques, on peut les faire à la maison. On peut désormais en acheter dans différents endroits, y compris par Internet. Les prix varient entre 5 et 15 €. Le problème, c’est qu'il faut des masques. On sait qu'ils ne sont pas efficaces à 100%. Mais me diriez-vous qu'il ne faut plus de passages cloutés parce qu’ils ne protègent pas à 100% les piétons qui les traversent ? Non. Et puis quand même, il suffit d’en fabriquer chez soi avec deux bouts de tissus et une plaque de molleton au milieu, en avoir deux par personne pour un coût de 10 €…On n’a même pas besoin d'une machine à coudre.

Il y a des tutoriels qui montrent comment on peut les réaliser. Je crois que chacun doit prendre sa responsabilité. Je crois que pour sauver sa vie et celle des autres, ça vaut le coup !

Jean-François Mattei

à franceinfo

Vous savez, il y a beaucoup de choses qui sont rendues obligatoires et qui ne sont pas fournies par l'État. Je crois que les extincteurs sont obligatoires dans circonstances, et ce n'est pas l'État qui les fournit. Il faut quand même que les gens prennent aussi leur part de responsabilité. C'est une lutte commune, c'est une lutte de l'ensemble des citoyens. Nous avons un combat commun à mener. Le masque, c'est un rappel permanent que dans l'espace public, nous n'allons pas, après le déconfinement, retrouver une vie normale.

À quel moment cette obligation du port obligatoire de masque doit être décrétée ?

On voit déjà un début de relâchement, il suffit de sortir pour faire une course ou aller à la pharmacie. Mais on voit aussi que plus en plus de gens portent un masque ! 94% des Français sont favorables au port de masque obligatoire parce qu'ils se sentent protégés par les autres. Les masques rassurent. Non seulement vous protégez les autres, ça vous rappelle que l’on n’est pas dans une situation normale, et ça vous rassure ! Pour l’Académie de médecine, ça doit être obligatoire dès maintenant. On ne cherche pas des choses extraordinaires. On se préoccupe quelquefois de tests biologiques compliqués, mais là, c'est un geste facile.

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