Coronavirus : 5 000 masques en tissu produits chaque jour par les détenus dans les prisons françaises

Depuis le début du confinement, toutes les activités professionnelles et de formation ainsi que les parloirs ont cessé dans les prisons. Certains ateliers ont néanmoins rouvert pour la fabrication de masques de protection.

Des masques confectionnés à la machine. Photo d\'illustration.
Des masques confectionnés à la machine. Photo d'illustration. (DYLAN MEIFFRET / MAXPPP)

Ils veulent contribuer à l'effort collectif. Alors que les parloirs et autres activités étaient suspendus depuis le début du confinement, les établissements pénitentiaires ont rouvert des ateliers pour les détenus dans les prisons, afin qu'ils créent des masques de protection contre le coronavirus.

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Dans les prisons d’Arles (Bouches-du-Rhône) et Moulins-Izeure (Allier), les machines à coudre ont repris du service fin mars. Ensuite ont suivi les établissements pénitentiaires de Val-de-Reuil (Eure), Saint-Martin de Ré (Charente-Maritime), Valence (Drôme), Châteauroux (Indre) et Muret (Haute-Garonne). Dans certains établissements il a fallu créer les sites et les équiper de tout le matériel nécessaire.

"Une mesure exemplaire" du milieu carcéral

Aujourd’hui, 140 établissements confectionnent des masques. Dans les prochains jours, un atelier de couture ouvrira au sein de la prison de Perpignan (Pyrénées-Orientales), alors qu'un autre projet similaire est prévu à la prison marseillaise des Baumettes. "La participation du monde carcéral à la mobilisation nationale était à la fois une mesure exemplaire et un geste souhaité à la fois par les encadrants mais aussi par les détenus", affirme Albin Heuman, directeur de l’agence de Agence du travail d'intérêt général et de l'insertion professionnelle des personnes placées sous main de justice.

Il a fallu mettre en place une production industrielle et pour cela, l’Agence du travail d’intérêt général, qui gère les emplois et la formation dans les prisons, a passé des accords de partenariats avec des industriels du secteur. C’est le cas avec l’entreprise lyonnaise Boldoduc, spécialiste du textile technique.

Plus de volontaires que de postes

La démarche des ateliers en milieu carcéral s’inscrit dans le projet "résilience" lancé par le ministère du Travail pour accroître, avec l’industrie textile la production de masques dans l’urgence. Il a fallu aménager les ateliers "pour respecter les distances entre les personnes, remettre les machines en route, équiper certains ateliers de surjeteuses", explique Albin Heuman. "Nous avons équipé les espaces de flacons-pompes de gel hydroalcoolique. Les industriels nous envoient les matières premières et ensuite, les opérateurs coupent, taillent, assemblent et cousent" quelque 5 000 masques par jour.

Pour ce travail, les détenus sont payés six euros de l’heure. Il y a eu beaucoup de volontaires, "plus que de postes proposés", précise Albin Heuman, qui espère atteindre les 6 000 masques par jour, avec l’ouverture de deux nouveaux ateliers. Au final, 80% de la production de ces masques en tissu, lavables au moins dix fois, sont destinés aux personnels des hôpitaux parisiens (AP-HP). Le reste sera utilisé par les surveillants pénitentiaires.

Le sens de la peine

À Rennes, centre de détention des femmes, elles sont 21 couturières. Certaines avaient déjà de l‘expérience. "L’atelier de couture est une tradition à Rennes", précise Véronique Sousset, la directrice du centre pénitentiaire. Habituellement, l’atelier couture confectionne des draps et des vêtements de travail pour le personnel pénitentiaire. Là, les opératrices sont entourées de deux contremaîtres qualifiés, capables de travailler avec des détenues et surtout de produire en "tension" car la demande est forte.

"Il n’a pas été très difficile à mettre en place cet atelier, il y avait plus de volontaires que de postes proposés", précise Véronique Sousset. "C’est la sensation d’être moins isolée et de participer à l’intérêt collectif. On parle souvent du sens de la peine surtout pour des détenues qui purgent des peines longues, ce qui est le cas à Rennes, là je crois que ça y participe au sens de la peine."