Port du masque obligatoire : "Il y a des signes inquiétants", "une réaction extrêmement rapide est indispensable", alerte une infectiologue

L’obligation de porter le masque est, selon Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris, une mesure importante, car une réaction extrêmement rapide est indispensable pour freiner la circulation du virus.

Le port du masque sera rendu obligatoire en France, dans tous les lieux publics clos.
Le port du masque sera rendu obligatoire en France, dans tous les lieux publics clos. (NICOLAS PARENT / MAXPPP)

Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris, signataire avec d'autres médecins d’une tribune dans Le Parisien samedi pour réclamer que le port du masque soit obligatoire dans les lieux publics clos, a indiqué jeudi 16 juille sur franceinfo qu’"il y avait des signes inquiétants" et "des clusters qu'on a du mal à contrôler". L’obligation de porter le masque est, selon elle, "une mesure importante", car "une réaction extrêmement rapide est indispensable" pour freiner la circulation du virus.

franceinfo : Sur le port du masque obligatoire, vous avez été enfin entendue ?

Anne-Claude Crémieux : Je dirais effectivement qu’enfin on prend une mesure de façon très claire pour le public parce que jusqu'à présent, tous les messages sur le port de masque étaient assez confus. Ce qui fait que personne ne s'y retrouvait. Les gens le portaient dans les transports publics parce qu'il était obligatoire et ils considéraient que c'était peu utile en dehors des transports publics. Aujourd'hui, ce qu'on sait avec cette épidémie, c’est que la diffusion dans les lieux clos peut être extrêmement importante. Ça peut être à l'origine de clusters, qui sont difficiles à contrôler, des clusters qui sont de véritables accélérateurs de l'épidémie. Cette mesure est très importante d'autant plus importante qu'il y a des reprises.

Fallait-il accélérer le calendrier ?

Bien sûr, puisque, comme on le voit, il y a des signes qui sont inquiétants. Il y a des clusters qu'on a du mal à contrôler. Ça veut dire qu'il y a des chaînes de contamination qu'on n'arrive pas à couper avec une diffusion du virus dans la population. Il y a un certain nombre d'indicateurs qui vont tous dans le même sens et qui montrent qu'il y a une augmentation de la circulation du virus en dehors même de ces clusters. Tout ceci fait qu'une réaction extrêmement rapide est indispensable. La réaction, c'est faire des tests pour essayer d'identifier un maximum de personnes infectées et évidemment, garder les mesures barrières indispensables pour essayer de freiner ce virus.

Faut-il imposer le masque dans l’entreprise ?

Je crois qu'il faut que les gens raisonnent par eux-mêmes, adoptent des conduites de prévention. Et il est bien évident qu'à partir du moment où le virus est capable de circuler de façon relativement aisée dans les lieux clos, où les gens ont une certaine proximité, la conséquence est que, bien sûr, ça doit être obligatoire dans les lieux qui reçoivent du public. Mais rien n'empêche évidemment d'appliquer cette mesure en dehors des lieux qui reçoivent du public. Je connais d'ailleurs des entreprises qui n'ont pas attendu cette obligation pour distribuer des masques à leurs collaborateurs.

Il faut rappeler que les clusters ne se trouvent pas uniquement dans les lieux publics...

Bien sûr. Un des grands clusters, par exemple, qui a été identifié en Corée, c'est un call-center. Tout simplement parce que dans un call-center, les gens travaillent dans des open-spaces. Ils sont proches les uns des autres. Ils parlent. On sait que parler est un facteur qui va augmenter l'excrétion du virus. Et évidemment, il y a des mesures à prendre en dehors des lieux publics. Je pense que cette obligation de masques dans les lieux recevant du public doit évidemment, pour une fois, parce que c'est un message extrêmement clair, faire réfléchir l'ensemble des situations. Et chacun est évidemment libre de prendre des initiatives qui vont dans le sens de la protection et de l'absence de diffusion de l'épidémie. Il s'agit de se protéger, de protéger les autres. Il s'agit aussi d'éviter des rebonds incontrôlables.

Est-ce qu'on est dans une deuxième vague ou est-ce la précédente qui continue de se diffuser ?

Peu importe. Ce qu'on cherche à éviter c’est, encore une fois, une circulation incontrôlée. Que ça s'appelle un rebond, que ça s'appelle une deuxième vague, de toute façon, la conséquence est la même. Si la circulation du virus devient incontrôlée, effectivement, de toute façon, on s'expose à une augmentation importante du nombre de cas et à retrouver une situation extrêmement difficile comme on l'a connu. Il est effectivement extrêmement important de réagir vite avec ce virus. On l'a appris et c'est maintenant qu'il faut prendre les mesures qui sont indispensables pour freiner la diffusion de ce virus.