Droits des résidents d'Ehpad : "Depuis six ans, on a reçu 900 réclamations, dont 200 depuis le début de la crise", constate la Défenseure des droits

Selon le rapport de la Défenseure des droits publié mardi, les résidents d'Ehpad ont été plus entravés au cours de la crise sanitaire que pour le reste de la population.

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Claire Hédon, le 21 octobre 2020, à Strasbourg. (FRANCK KOBI / MAXPPP)

Claire Hédon, la Défenseure des droits a publié mardi 4 mai un rapport sur le respect des droits fondamentaux des personnes âgées hébergées dans les Ehpad. Les droits de ces résidents à une vie privée et familiale ont été plus entravés au cours de la crise sanitaire du coronavirus Covid-19 que pour le reste de la population. "Depuis six ans, on a reçu 900 réclamations, dont 200 depuis le début de la crise", indique-t-elle mardi 4 mai sur franceinfo.

franceinfo : Avez-vous reçu beaucoup de réclamations des familles depuis le début la pandémie ?

Claire Hédon : Ce qu'il est important de préciser c’est que la crise sanitaire a mis en exergue des atteintes aux droits fondamentaux, mais qui existaient déjà avant cette crise. Le rapport que nous publions s'appuie à la fois sur des recommandations reçues avant la crise et certaines depuis la crise. En gros, depuis six ans, on a reçu 900 réclamations, dont 200 depuis le début de la crise, qui viennent majoritairement des familles, mais aussi des résidents, et qui nous racontent des atteintes à leurs droits fondamentaux. Les personnes en EHPAD ont les mêmes droits que le reste de la population. Ce qu'on observe, c'est des situations où à cause du manque de personnel, des couches sont mises systématiquement à des personnes âgées sans considération de leur situation. Il y a des horaires de lever et de coucher qui sont faits en fonction du personnel et non pas en fonction de la personne. Des repas qui sont hachés alors que la personne aurait pu se nourrir correctement. Des douches qui n'ont lieu qu'une fois par semaine. Et ces atteintes aux droits sont rendues possibles parce qu'on a affaire à des personnes qui sont dépendantes.

La crise sanitaire n’explique pas, seule, ces atteintes aux droits fondamentaux ?

Les restrictions dues à l'état sanitaire et à la protection de la santé sont tout à fait possibles, mais dans la mesure où elles sont proportionnées, limitées dans le temps, absolument nécessaires et exceptionnelles. Or, ce que l'on voit dans les Ehpad, c'est que les restrictions des libertés se poursuivent au-delà du nécessaire. On fait 64 recommandations à la fois au ministre de la Santé, aux ARS, aux conseils départementaux. Il y a plusieurs mesures phares, par exemple, fixer un ratio minimal de personnel travaillant dans les Ehpad en fonction du niveau de l'autonomie, c'est-à-dire huit effectifs à temps plein pour 10 résidents. C'est la clé parce que c'est ce qui permet de la bientraitance et de lutter contre la maltraitance. C'est ce qui permet d'éviter des atteintes à la dignité des personnes. Il faut quand même savoir, par exemple, qu’en Allemagne ce ratio est de 12 effectifs pour dix résidents à plein temps, donc déjà bien plus élevé. Il est de 10 au Danemark, alors que l'effectivité chez nous, aujourd'hui, il est plutôt de 6.

Ne faut-il pas rendre le métier plus attractif ?

Je crois que cet élément est essentiel. Il faut revaloriser les diplômes, les parcours professionnels qui sont liés aux métiers d'accompagnement à l'autonomie. Une revalorisation financière qui a déjà en partie un peu eu lieu, mais qui devrait être plus importante. Il faut renforcer aussi la formation initiale et continuer à la bientraitance. Et ce qui est aussi important, c'est d'améliorer le dialogue avec les familles quand il y a des situations préoccupantes, mais aussi par des possibilités de médiation. Il faut restaurer la confiance. C’est quand même un élément absolument essentiel de notre société, je pense que le respect de la dignité des personnes âgées, qui sont des personnes vulnérables, est un élément absolument essentiel constitutif de notre société.

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