"Ce serait une faute criminelle de relancer l'économie sans sauver l'humanité, notre santé, notre climat", prévient Yannick Jadot

Alors que le gouvernement envisage de restreindre le chômage partiel, le député EELV Yannick Jadot appelle lundi sur franceinfoà transformer le chômage partiel en revenu de transition.

L\'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, le 27 septembre 2018.
L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, le 27 septembre 2018. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)

L'eurodéputé Europe Écologie Les Verts Yannick Jadot propose lundi 18 mai sur France Inter "un plan massif de formation vers les nouveaux métiers dont nous avons besoin", notamment ceux de la rénovation énergétique. Le gouvernement envisage de restreindre le chômage partiel. "Nous proposons, nous écologistes, de transformer ce chômage partiel en revenu de transition", explique l'eurodéputé. Il estime par ailleurs que "ce serait (…) une faute criminelle (…) de relancer l'économie sans sauver l'humanité, sans sauver notre santé, sans sauver notre climat".

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franceinfo : Lors de la précédente crise économique, l'urgence avait été de relancer l'économie à tout prix. Pensez-vous qu'il va se passer la même chose en 2020 ou que les choses et les esprits ont changé ?

Yannick Jadot : Je veux croire que les choses et les esprits ont changé. En 2008, on avait mis 35 milliards d'euros de relance. On estime qu'à peine deux milliards ont été vers des activités qui nous permettaient de lutter contre le dérèglement climatique. Ce dérèglement climatique s'est accentué. On en subit les crises dramatiques. Les inondations, les canicules, les pesticides ont augmenté. On a réduit le fret ferroviaire, on a augmenté le fret routier, donc on s'est trompé. Ce serait une faute politique, voire une faute criminelle au regard des impacts que nous connaissons de la crise écologique, de relancer l'économie sans sauver l'humanité, sans sauver notre santé, sans sauver notre climat. Parce que des chocs violents sont à venir si nous n'agissons.

Sur l'aéronautique, Bruno Le Maire a d'ores et déjà demandé des contreparties écologiques à certaines entreprises massivement aidées. Air France doit supprimer certaines de ses lignes intérieures. Vous, Yannick Jadot, vous seriez donc aux manettes vous feriez quoi ?

Il faut sauver Air France-KLM bien sûr. À la fois il y a du transport aérien, il y a des milliers et des milliers de salariés. Il y a nos grandes entreprises françaises mais aussi nos PME qui sont dans l’aéronautique. Donc il faut sauver l’aéronautique. Mais est-ce-qu’il faut sauver à l’identique ? Il y a eu un débat à l’Assemblée nationale, pourquoi avoir refusé d’inscrire Air France-KLM dans une stratégie forte de neutralité carbone, en jouant plutôt des accords volontaires ? Tant mieux si on a pris conscience qu’il fallait supprimer les lignes intérieures absurdes. Nous savons, au niveau européen, qu’il faut imposer des taxes kérosène. Ce serait près de 30 milliards d’euros y compris de recettes fiscales que l’on pourrait investir dans une mobilité moins polluante. Nous savons qu’il faut sauver l’automobile mais nous savons aussi que si nous devons relocaliser une partie de la construction automobile, il faut le faire autour des voitures avec des pièces recyclables, de l’économie circulaire, autour de l’électromobilité. Donc il y a des perspectives extraordinaires d’innovation, de création d’emplois à l’échelle de nos territoires, à l’échelle de l’Europe.

François Bayrou s'est ému ce dimanche du fait que seulement deux rotations hebdomadaires entre Paris et Pau soient prévues à partir du 5 juin. Comment ne pas isoler des villes et des territoires, quand on prend des décisions de ce type depuis Paris ?

 [François Bayrou] a raison sur le fait qu'il est aberrant de continuer à prendre systématiquement les décisions depuis Paris quand elles concernent les territoires. Le mouvement des "gilets jaunes", c'était aussi une revendication très forte autour de la désertification économique, en service public, en transport dans nos territoires. Il est invraisemblable, au moment où il faut faire du ferroviaire pour les passagers comme pour les marchandises, d'avoir un patron de la SNCF qui dit "je suis tellement en difficulté que je vais réduire mes investissements et je vais probablement licencier". Donc on a besoin de penser l'aménagement de nos territoires. On voit également, avec cette période de confinement, qu'il y a eu beaucoup de télétravail. (…) Il s'est révélé intéressant dans l'organisation des entreprises. On va avoir des semaines et des semaines, voire des mois, où il va falloir gérer les transports avec de la distance. Pourquoi ne pas organiser aujourd'hui, à l'échelle des régions, puisqu'elles ont de fortes compétences en matière de transports, des négociations entre les entreprises, les syndicats et les régions sur notre rapport au travail ? Sur la question du temps de transports ? Sur la protection des salariés et l'émancipation dans le travail ? Voilà des chantiers qu'il est extraordinairement intéressant, enthousiasmant de créer.

Le gouvernement envisage de restreindre le chômage partiel d'ici le 1er prochain. Est-ce que le gouvernement a raison de commencer à partir de cette date ?

On a des entreprises qui vont mettre énormément de temps à sortir de la crise. Et potentiellement, il y avoir des milliers de faillites et probablement beaucoup, beaucoup, beaucoup de chômeurs. Il faut donc intervenir massivement dans l'économie et dans la protection des salariés. Sur le chômage partiel, il faut prolonger le dispositif sur certaines entreprises. Mais nous proposons, nous écologistes, de transformer ce chômage partiel en revenu de transition. Parce que dans certains secteurs, on ne retrouvera pas le niveau d'activité qu'il y avait avant la crise. Et donc, il faut penser ce chômage partiel avec un plan massif de formation vers ces nouveaux métiers dont nous avons besoin. Je pense à la question du bâtiment, un secteur très intensif, très riche en main d'œuvre. On sait qu'on en a besoin sur le logement social, sur la rénovation thermique. Il est triste de constater qu'on ne met pas le paquet ni sur l'investissement public dans la rénovation thermique, ni sur la formation des artisans qui demandent cette formation par exemple, pour la rénovation thermique. Voilà comment on peut faire évoluer le chômage partiel pour qu'il soit utile aux secteurs d'activité qui, aujourd'hui, rêvent d'avoir de l'activité et d'engager du personnel.