"Carry-le-Rouet, c'est un peu la préhistoire de l'épidémie" de Covid-19 : retour dans la commune qui a accueilli les premiers rapatriés français de Chine

C'est dans cette ville des Bouches-du-Rhône de 5 000 habitants qu'a été installé, fin janvier 2020, le tout premier centre d'accueil des Français rapatriés de Chine. Bien avant le reste du pays, les habitants ont appris les gestes barrières et fait face à la peur de la contamination.

Article rédigé par
Mathilde Vinceneux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des expatriés français rapatriés de Chine quittent le centre de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), le 14 février 2020. (HECTOR RETAMAL / AFP)

Il y a un an, la petite station balnéaire de Carry-le-Rouet, près de Marseille, accueillait les premiers rapatriés français de Chine, où le nouveau coronavirus gagne du terrain. Fin janvier 2020, plus de 200 évacués arrivent pour un confinement de 14 jours dans un centre de vacances. La commune et ses 5 000 habitants sont au centre de l’attention médiatique et personne ne se doute alors que le virus va aussi toucher durement la France quelques semaines plus tard. 

"Les gens qui étaient calmes ne l'étaient plus du tout"

C’est à la dernière minute que le maire de Carry de l'époque, Jean Montagnac, apprend la nouvelle. "Je suis à Marseille et ma secrétaire m'appelle en me disant qu'il y a des journalistes qui m'attendent. Alors on est allés accueillir les Français qui sont arrivés. Il y avait la ministre de la Santé présente et qui nous dit mais vous savez ce n'est pas dangereux, la grippe il y a 6 000 morts par an, c'est une plaisanterie." Pourtant, certains habitants paniquent. Les voisins du centre de vacances se souviennent de ceux qui ont fait leurs bagages. "Il y a des gens qui ne sont pas restés parce qu'ils ne se sentaient pas de rester près du lieu", raconte un habitant de Carry-le-Rouet. 

"Comme on ne savait pas ce qui nous attendait, on s'est dit qu'est-ce que c'est que ça ? On va tous être contaminés."

Un habitant de Carry-le-Rouet

à franceinfo

Un faux courrier sème même le trouble sur les réseaux sociaux. Il indique que la quarantaine n’est pas réalisée correctement. Le maire organise plusieurs réunions : "Les gens qui étaient calmes au début ne l'étaient plus du tout en disant mais vous vous rendez compte, même les animaux qui vont arriver ils risquent de nous contaminer, il y a des chats qui déambulent dans les villas, il y a des poules d'une voisine qui circulent !'"

Aucun cas n’est détecté, la pression retombe

Pendant ce temps à l'’intérieur du centre, les rapatriés sont testés toutes les 72 heures, sous la surveillance de plus de 160 bénévoles. Pour la première fois en France, il faut porter un masque, respecter les gestes barrières. "Je considère que le site de Carry-le-Rouet, ça a été un peu la préhistoire de l'épidémie", estime Marc Zyltmen qui dirigeait les bénévoles de la Croix Rouge. La vie s’organise : un enseignant rapatrié donne des cours à la cinquantaine d’enfants, un coiffeur improvise un salon dans une chambre.

Aucun cas n’est détecté, et dehors la pression retombe. Les habitants profitent des oursinades, dégustent les coquillages sur la plage. Des plateaux d'oursins sont même livrés dans le centre qui devient un laboratoire pour l’avenir. "Les rapatriés de Wuhan ne pouvaient pas sortir mais nous on pouvait envoyer des équipes de la Croix Rouge faire leurs courses et c'est ce qui nous a permis ensuite de créer Croix Rouge chez vous, un dispositif solidaire qui permet d'assurer les livraisons en médicaments et en courses pour les personnes isolées." Un dispositif qui fonctionne encore aujourd’hui et qui a reçu, depuis sa mise en place lors du premier confinement, des centaines de milliers d’appels.

Le reportage à Carry-le-Rouet de Mathilde Vinceneux
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