"Attention aux chiffres du chômage qui pourraient baisser, mais en trompe l'œil", alerte Eric Heyer de l'OFCE

Le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A a baissé de 11% au troisième trimestre 2020. Sur un an, il a par contre progressé de 8,8%.

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Éric Heyer (directeur analyse et prévision de l'OFCE), le 17 septembre 2015. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

La baisse du nombre de demandeurs d'emploi "est surprenante", a affirmé mardi 27 octobre sur franceinfo Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), alors que le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A a baissé de 11% au troisième trimestre 2020. Sur un an, il a par contre progressé de 8,8%.

"Attention aux chiffres du chômage qui pourraient baisser, mais en trompe l'œil", alerte Eric Heyer. "Globalement, il y a un effet de transfert" des demandeurs d'emploi "vers les catégories B et C". Selon lui, ce qui est "très étonnant, c'est que depuis le début de l'année, l'économie française a détruit plus de 800 000 emplois. Et le chômage, n'aurait augmenté que de 375 000". L'économiste y voit le signe "d'une population active qui baisse". "Cela veut dire que les chômeurs n'ont pas repris un emploi, mais ont quitté le chômage par la petite porte en ne se considérant même pas chômeurs. C'est très inquiétant", affirme Eric Heyer.

C'est ce qu'on appelle le halo du chômage. C'est-à-dire que globalement, il y a un grand nombre de personnes, un peu plus de 400 000, qui se sont finalement découragées, sont allées en dehors de la population active et sont sorties du radar. Et ce n'est pas une bonne chose.

Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE

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Eric Heyer note également que "l'activité partielle a permis de limiter les destructions d'emploi". "Quand vous faites des emplois aidés, des emplois jeunes, cela permet à cette catégorie-là de moins progresser. On l'a vu au troisième trimestre, les jeunes ont vu leur taux de chômage baisser."

Mais l'économiste attire l'attention sur "un petit effet de substitution sur les moins jeunes". Selon lui, "ça ne fait pas non plus une politique qui permet de faire baisser le chômage en général, mais plutôt une catégorie de chômeurs". Il estime qu'il faudra "regarder les chiffres de fin d'année avec beaucoup plus d'inquiétude". Le troisième trimestre 2020 a été "plutôt bon" en termes de croissance. "On va faire à peu près plus 16% de croissance au cours du troisième trimestre." Mais il s'attend "à une baisse d'activité en fin d'année et aussi sans doute en début d'année, l'année prochaine". Il y a donc un "ajustement sur l'emploi à venir, avec des défaillances d'entreprises qui pourraient augmenter en début d'année 2021. Il n'y a rien de bon, de ce point de vue-là, en termes de création d'emplois".

80% de défaillances d'entreprises supplémentaires attendues en 2021

Eric Heyer voit tout de même dans ces chiffres un effet de la crise sanitaire du Covid-19. "Il y a quand même une hausse du chômage de quasiment 400 000 chômeurs, ce n'est pas rien." Si des entreprises "n'ont pas mis la clé sous la porte", c'est grâce "aux prêts garantis par l'Etat" et aux "reports de charges". Mais ces aides vont devoir "être remboursées". "Cela veut dire que si l'activité devait ne pas repartir en cette fin d'année et en début d'année 2021, alors les défaillances pourraient augmenter." Selon les évaluations de l'OFCE, "il y aurait 80% de défaillances supplémentaires l'année prochaine par rapport à une année normale, ce qui détruiraient à peu près 160 000 emplois." Eric Heyer tire donc la sonnette d'alarme : "Attention, l'impact de la crise est encore devant nous."

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