Application de traçage numérique : le secrétaire d'État Cédric O tente de rassurer les députés de la majorité

L'application pouvant permettre d'identifier les chaînes de transmission du coronavirus devrait être prête d'ici "trois à six semaines", annonce Cédric O qui assure que les données seront "anonymisées" et inaccessibles, même au gouvernement.

Cédric O, le secrétaire d\'État chargé du Numérique, le 15 janvier 2020 à l\'Élysée à Paris. 
Cédric O, le secrétaire d'État chargé du Numérique, le 15 janvier 2020 à l'Élysée à Paris.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Alors que dans la lutte contre le coronavirus le gouvernement français travaille sur une application mobile de traçage numérique permettant d'"identifier les chaînes de transmission" sur "la base du volontariat", des députés de la majorité s'inquiètent qu'un tel outil puisse entraver la protection de la vie privée. "Je comprends qu'il y ait une vigilance forte sur la question des données personnelles", se justifie Cédric O, secrétaire d'État au Numérique, invité de France Inter jeudi 9 avril. "Mais mon rôle est d'expliquer cette application (qui) ne pose aucun problème en termes de libertés publiques". L'application mobile est en cours de développement dans le cadre du projet gouvernemental "StopCovid", une des méthodes envisagées pour sortir du confinement.

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Le secrétaire d'État au Numérique laisse également entendre que cette application pourrait être finalisée d'ici trois à six semaines. "Nous n’avons pas encore décidé de la déployer. (…) Nous consulterons toutes les parties prenantes et notamment le Parlement" avant la mise en route de cet outil, précise Cédric O.

Confronté à une levée de bouclier d'une partie des députés marcheurs, hostiles à la mise en place d'une technologie basée sur le traçage des malades, le secrétaire d'État se justifie : "Mon rôle est double : faire en sorte qu'il y ait des solutions sur la table pour aider à la sortie du confinement, et expliquer cette application, qui est mal comprise, et le fait qu'elle ne pose aucun problème en termes de libertés publiques, et qu'elle ne nécessiterait le cas échéant aucune modification de notre cadre juridique."

Un "dilemme moral"

La protection des données personnelles est au cœur du "dilemme moral" dont font part 15 députés, essentiellement issus des rangs de la majorité, dans une tribune publiée dans le Figaro. "Je ne sais pas de quelles données ces gens parlent, leur répond Cédric O.

Personne n'aura accès à qui est contaminé et personne ne sera capable de retracer qui a contaminé qui. Cédric O, secrétaire d'État au Numériqueà France Inter

"Le seul bénéfice est individuel, assure le secrétaire d'État. Vous saurez qui vous avez croisé dans les jours précédents et qui a depuis été testé positif au coronavirus." Ces données seront "anonymisées" et inaccessibles pour qui que ce soit, "y compris pour le gouvernement". La technologie utilisée est celle du Bluetooth, "qui ne permet pas de géolocaliser les personnes", complète le secrétaire d'État.

Reste encore la question de l'efficacité de cette application. Ces interrogations sont là encore soulevées par des députés de la République en Marche qui s'appuient sur des études indiquant que pour être efficaces ces applications doivent être utilisées par une grande partie de la population. Or, si 80% des Français possèdent un smartphone, "ce taux de pénétration est inégal dans les différentes parties de la population", de l'aveu même du secrétaire d'État qui précise que seuls "40% des personnes âgées" en possèdent un.

La question de l'accessibilité de cette application est donc posée. "Nous travaillons d'abord à ce que l'application soit très simple et accessible aux personnes en situation de handicap, détaille Cédric O. Nous travaillons à déployer plus de smartphones, à aider les gens à en acquérir, voire à avoir une solution qui ne passerait pas par les smartphones, mais qui est très hypothétique technologiquement et qui prendra encore plus de temps pour être développée". Le secrétaire d'État au Numérique espère que l'application pourra être finalisée dans "trois à six semaines".

Et puis, pour finir de rassurer les parlementaires, Cédric O ajoute que le gouvernement consultera "toutes les parties prenantes et notamment le Parlement" avant de décider de la mise en route de l'application.