Allègement du protocole sanitaire à l'école : "On est dans un exemple parfait de pensée magique de la part du gouvernement", dénonce un médecin généraliste

"Ce déni de la contamination de l'adulte par les enfants, c'est vraiment une spécificité française", a réagi sur franceinfo le médecin généraliste et écrivain Christian Lehmann, alors que le protocole sanitaire sera allégé dès mardi dans les écoles. Il se dit "inquiet vis-à-vis des enfants".

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Une institutrice donne cours à ses élèves dans une école primaire à Nice, le 1er septembre 2020. (DYLAN MEIFFRET / MAXPPP)

"On est dans un exemple parfait de pensée magique de la part du gouvernement", commente le médecin généraliste et écrivain Christian Lehmann lundi 21 septembre sur franceinfo, après l'annonce dimanche soir de l'entrée en vigueur dès mardi d'un protocole sanitaire allégé dans les écoles.

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Selon ce protocole, les enfants et les enseignants qui auront côtoyé un ou deux élèves malades du Covid-19 ne seront plus considérés comme des cas contacts et une classe ne pourra fermer qu'à partir de trois cas positifs.

franceinfo : Que pensez-vous de cet allègement du protocole sanitaire dans les écoles ?

Christian Lehmann : On est dans un exemple parfait de pensée magique de la part du gouvernement. De la même façon que pour les patients vulnérables, cardiaques ou respiratoires, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, par décret, on a considéré qu'ils pouvaient être envoyés en présentiel, qu'ils n'étaient plus vulnérables, là on dit que le but est d'avoir moins de fermetures de classes parce que ça ne fait pas très très joli après que Jean-Michel Blanquer a expliqué qu'ils étaient prêts à affronter la situation, le petit doigt sur la couture du pantalon. Leur solution, c'est d'arrêter de fermer des classes, alors ils disent que quand il n'y a qu'un élève infecté ou deux, ce n'est pas vraiment un cluster. Ça c'est de la pensée magique parce que la réalité c'est que nous n'arrivons pas à avoir des délais pour réaliser un tests PCR dans les temps et nous n'arrivons pas à avoir les résultats dans les temps. Le triptyque tester-tracer-isoler ne fonctionne que si, en tant que médecin, quand vous voyez un enfant ou un adulte qui serait suspect, vous pouvez avoir un résultat de PCR nasal dans les 3 ou 4 jours maximum. La réalité c'est qu'on en est à plus d'une semaine d'attente. Donc quand on vous dit que s'il y a moins de 3 élèves dans la classe ce n'est pas un problème, ça ne veut rien dire. Entre le moment où la classe devient un lieu de contamination et le moment où vous avez trois résultats positifs qui le disent, il va peut-être se passer 10 jours. Vous imaginez ce que ça va donner un petit peu ?

Le gouvernement prend-il des risques, selon vous ?

Ce déni de la contamination de l'adulte par les enfants, c'est vraiment une spécificité française. Alors soit on n'a pas les mêmes enfants, soit on n'a pas le même virus, soit on n'a pas les mêmes pédiatres.

L'OMS et l'Unicef sont en faveur du port du masque à partir de 6 ans dans les pays où il y a un brassage de virus et où le virus circule.

Christian Lehmann, médecin généraliste

à franceinfo

On a des études assez récentes, dont une américaine, où il y a une dizaine d'enfants qui étaient dans un centre pour enfants qui ont contaminé douze autres enfants et certains parents. Il y a une contamination des adultes par les enfants ! En France, on nous martèle qu'avant 11 ans il n'est pas nécessaire de porter un masque, on ne sait pas pourquoi, parce que le virus probablement est sympa, est fairplay, et si le gosse a 10 ou 9 ans, il ne va pas essayer de l'infecter. Mais on recommande quand même aux grands-parents de ne pas venir les chercher. Ce sont des enfants non-contaminants mais qui pourraient être quand même contaminants.

Trouvez-vous que le gouvernement prend trop de temps à prendre les bonnes décisions ?

Je comprends que la santé publique soit compliquée. Mais les décisions que vous prenez aujourd'hui peuvent modifier le trajet du Titanic dans trois semaines. Entre le moment où vous voyez l'iceberg, le moment où vous prenez la décision de tourner et le moment où vous évitez l'impact, il y a énormément de temps. On a l'impression de passer pour des Cassandre, à chaque fois, mais pas parce qu'on a envie d'emmerder le monde, parce que je n'ai pas envie de voir des enfants malades, je n'ai pas envie de voir des enfants infecter des parents fragiles ou des grands-parents fragiles, or, le trou dans la raquette de la protection c'est l'école, c'est l'Education nationale. On voit que ça flambe chez les personnes âgées. Moi, je suis inquiet vis-à-vis des enfants. J'ai plein de gens qui m'écrivent, plein de gens qui travaillent à l'école et qui me disent le casse-tête quotidien que ça représente l'injonction de laver les mains de dizaines d'enfants sur un unique lavabo dans une classe, l'impossibilité matérielle d'assurer la distanciation, l'hygiène et l'aération lors des repas à la cantine. Ce sont des gens qui sont face à un protocole qui a été mis en place avec une certaine forme de pensée magique en disant nous sommes prêts, ça va bien se passer. (…) Vous ne pouvez pas avoir la personne qui conduit le Titanic qui prend neuf mois à prendre une décision quand elle est devant son nez.

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