Hôpital psychiatrique du Havre en grève : "Aux urgences, les patients sont sur des matelas par terre"

Depuis le 16 juin, le personnel soignant de l'hôpital psychiatrique du Havre est en grève. Il dénonce des conditions de travail déplorables.

Des chambres avec trois lits, au lieu de deux, à l\'hôpital psychiatrique du Havre
Des chambres avec trois lits, au lieu de deux, à l'hôpital psychiatrique du Havre (Radio France - Bertrand Queneutte)

Le personnel soignant de l’hôpital psychiatrique Pierre Janet du Havre (Normandie) est en grève depuis le 16 juin pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail. "Aux urgences, les patients sont sur des matelas par terre" et "ont leurs plateaux-repas sur leur genoux", a décrit, mercredi 20 juin sur franceinfo, Agnès Goussin-Mauger, secrétaire du syndicat des médecins, ingénieurs, cadres, techniciens CGT du groupe hospitalier du Havre. "Les personnels sont à bout de force. Ils ont honte des conditions dans lesquelles ils accueillent les patients", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Que réclamez-vous exactement ?

Agnès Goussin-Mauger : Nous avons 35 lits supplémentaires toute l'année, ce sont des matelas par terre. Nous demandons la création d'une unité de psychiatrie avec les postes qui vont avec, c'est-à-dire 50 postes. Aux urgences, les patients sont sur des matelas par terre, ont leurs plateaux repas sur leurs genoux parce que nous manquons aussi de tables et de chaises. Nous manquons de chambres, de tables, de chaises et de personnels.

Comment les personnels soignants vivent cette situation ? 

Cela ne peut plus durer. Les personnels sont à bout de force. Ils ont honte des conditions dans lesquelles ils accueillent les patients. Vous pouvez imaginer la souffrance des personnels qui ont choisi un métier avec conviction afin de pouvoir aider, soutenir et soigner les gens et qui se retrouvent à rentrer à la maison, à ne pas pouvoir parler de leur journée de travail parce qu'ils sont dans une culpabilité complète et dans une honte complète face à des patients qui sont en détresse. Lundi, lors d'une prise de parole, on avait un infirmier qui avait du mal à aller jusqu'au bout de sa prise de parole tellement il était ému, tellement il était au bord des larmes au bord du burn-out. Ce n'est pas le seul. Il y en a beaucoup qui nous témoignent de leur fatigue et de leur incapacité à pouvoir continuer à travailler comme ça.

La direction du groupe hospitalier dit qu'il y a eu 23,62 créations de postes en équivalent temps plein en deux ans et 15 millions d'euros d'investissements sur les cinq années à venir. Ce n'est pas suffisant ?

C'est largement insuffisant parce qu'il nous en manque tellement. Je peux vous donner un chiffre précis. Nous avons 22 postes vacants en psychiatrie. Ils ne "stagiérisent" [terme récent employé principalement dans la fonction publique par opposition à "titularisation" et qui désigne, selon leurs utilisateurs, des personnes victimes d’un refus abusif de titularisation] que trois personnes. Il y a là largement un manque de volonté de "stagiériser" et titulariser des personnels soignants en psychiatrie. Cela ne suffit pas. Ce sont des promesses qu'on nous fait depuis déjà très longtemps. Le contrôleur des lieux de privation et de liberté est passé en 2015. Il a fait un rapport alarmant sur les conditions d'hospitalisation des patients en psychiatrie. Il n'y a rien eu de changé depuis.

Avez-vous rencontré la directrice de l'Agence régionale de la santé ?

On ne veut pas la rencontrer dans les instances, mais on veut la rencontrer dans les services, qu'elle visite avec nous les services sans plantes et petits fours, mais vraiment venir sur la réalité du terrain. Pour le moment, on n'a pas de réponses.