Avec la loi Elan, "le gouvernement a montré que la priorité du handicap voulue par Emmanuel Macron a été enterrée"

Arnaud de Brocca, secrétaire général de FNATH, estime, samedi sur franceinfo, que le passage de 100% à 10% de logements neufs obligatoirement accessibles pour les personnes handicapées est un "retour en arrière massif de 15-20 ans".

Une personne âgée en fauteuil roulant devant un mur.
Une personne âgée en fauteuil roulant devant un mur. (RAUL ARBOLEDA / AFP)

"Très mal." C'est ainsi qu'Arnaud de Broca a accueilli le vote des députés, vendredi 1er juin, sur le passage de 100% à 10% de logements neufs obligatoirement accessibles pour les personnes handicapées. Le secrétaire général de la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (FNATH), invité samedi de franceinfo, n'est pas du tout satisfait par l'adoption de cet article du projet de loi portant Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Elan). Il a expliqué pourquoi.

franceinfo : Comment accueillez-vous ce changement ?

Arnaud de Broca : Très mal. Pour nous, c'est un retour en arrière massif de 15-20 ans dans la politique du handicap, alors qu'on est dans une société vieillissante, puisque c'est aussi ce qu'on rappelle. Ces logements accessibles valent évidemment pour les personnes handicapées et leurs familles, pour vivre ensemble, mais aussi pour les personnes vieillissantes en perte d'autonomie qui vont être de plus en plus nombreuses dans les prochaines décennies et pour lesquelles vivre à domicile va être une priorité.

Mais l'objectif de 100% d'accessibilité pour les logements neufs n'était-il pas une chimère ? Ne vaut-il pas mieux 10% totalement respectés que 100% inatteignables ?

De notre point de vue : non. On parle de logements neufs et construire accessible dès le départ, en termes de coût, en termes de vie dans son domicile, ne nous semble pas un objectif inatteignable. Je pense que c'est aussi une question de volonté politique et, hier, le gouvernement a montré que la priorité du handicap voulue par Emmanuel Macron a été enterrée.

Le secrétaire d'État Julien Denormandie a expliqué avoir travaillé sur ce texte avec les associations pour aller vers du sur-mesure, des logements dits "évolutifs", faire évoluer le logement tout au long de la vie…

Je ne sais pas vraiment avec quelles associations il a travaillé, en tout cas pas avec la nôtre. Travailler ne veut pas dire non plus co-construire et être d'accord. Je pense que la plupart des associations sont contre cette mesure, parce qu'on revient en arrière. La question du logement "évolutif" reste encore extrêmement floue. Il a encadré un peu plus, hier, dans la loi, cette notion-là, mais ça reste très limité, tout est reporté à un décret d'application pour lequel on ne voit pas très clair. C'est clairement un coup porté à la question de l'accessibilité pour laquelle notre pays est en retard, particulièrement sur les logements. Il y a eu, aussi, hier, le refus d'un amendement porté par un député sur l'obligation d'ascenseurs, puisqu'il y a aussi une réglementation très stricte qui fait que, en dessous d'un certain nombre d'étages, il n'y a pas d'obligation d'ascenseur et tous ces logements-là ne seront pas accessibles, non-plus, aux personnes handicapées.

Pensez-vous que le gouvernement a cédé à une certaine forme de pression, peut-être, de la part de certains promoteurs immobiliers ?

Clairement oui. Je pense qu'il y a plusieurs pressions. On a tenté d'en exercer une, pour le moment, on a raté. Je pense que c'est toute la société des personnes handicapées et des personnes vieillissantes qui a perdu hier, contre les promoteurs. Ces derniers, peut-être pour gagner un mètre carré, ont une vision, à mon avis, assez dépassée de ce qu'il faut comme construction pour les décennies futures.