Vrai ou fake "The Last of Us" : un champignon tueur pourrait-il un jour transformer un être humain en zombie comme dans la série ?

Dans la nature, certains champignons sont effectivement capables de prendre le contrôle de leurs hôtes. Mais ces parasites fongiques, qui s'attaquent principalement aux insectes, ne représentent pas de danger pour l'être humain, assurent les mycologues.
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Une personne porte un costume de zombie inspiré du jeu "The Last of Us", à Santiago du Chili, le 15 octobre 2022. (CLAUDIO ABARCA SANDOVAL / NURPHOTO / AFP)

Une humanité au bord de l'extinction à la suite d'une pandémie causée par un champignon tueur. The Last of Us, série événement produite par la chaîne HBO, fait le récit d'une apocalypse où un parasite fongique infecte le cerveau des êtres humains pour les transformer en zombies sanguinaires. Un scénario catastrophe fictif, mais inspiré de la nature.

Dans un entretien au site d'actualité américain Mashable, Neil Druckmann, un des concepteurs du jeu vidéo The Last Of Us dont est tirée la série, révèle qu'il a longuement étudié le fonctionnement des parasites pour la création de son univers. "La nature est bien plus effrayante que tout ce qu'on pourrait inventer", explique-t-il. Pour autant, l'épidémie décrite dans The Last of Us est-elle scientifiquement plausible ? Franceinfo a sollicité l'avis de plusieurs mycologues sur le sujet.

Un champignon qui zombifie les fourmis

"Il existe réellement des champignons qui manipulent leurs hôtes", confirme Luis Portillo, chercheur au laboratoire de botanique, phytochimie et mycologie de l'université de Montpellier. Mais, en "grande majorité", ce sont des insectes qui en sont victimes. La "zombification" de l'hôte infecté n'est d'ailleurs pas un phénomène exceptionnel, fait remarquer le mycologue. "Elle s'observe chez plusieurs espèces de champignons, dont la plus étudiée est le Ophiocordyceps unilateralis", un pathogène qui touche les fourmis. Précisément celui que l'on retrouve dans la série The Last of Us.

Une fourmi parasitée par l'Ophiocordyceps unilateralis en Guyane, le 11 septembre 2009. (DANIEL HEUCLIN / BIOSPHOTO / AFP)

Comment transforme-t-il ses victimes en zombies ? "Ses spores se déposent sur la fourmi, puis le champignon pénètre dans son corps et s'y développe", explique Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Le parasite prend alors le contrôle des muscles de son hôte pour le diriger à sa guise. "Une fourmi infectée n'aura pas de surcapacités", indique cependant Sarah Dellière, médecin mycologue à l’hôpital Saint-Louis et chercheuse à l’Institut Pasteur. "Elle ne va pas courir plus vite, ni mordre ses congénères pour répandre le champignon" comme c'est le cas des zombies de The Last of Us.

"Le champignon va plutôt obliger la fourmi à se rendre vers une zone où la température et l'humidité sont idéales pour la reproduction de ce dernier, précise la chercheuse. La fourmi va alors s'accrocher à une feuille, puis mourir, transpercée par une excroissance du champignon qui va répandre de nouvelles spores."

Une pandémie fongique peu probable chez l'homme

Un Ophiocordyceps pourrait-il un jour infecter l'humain et le "zombifier" comme les fourmis ? C'est peu probable. D'abord parce que notre espèce n'est pas sans défense face aux infections par champignons. La température du corps humain, de 37°C, n'est pas favorable au développement des parasites fongiques. "Très, très peu de champignons arrivent à pousser à cette température", assure Sarah Dellière. La médecine dispose également de traitements antifongiques. "Ils ne sont cependant pas très nombreux car, bien souvent, les composés toxiques pour les champignons le sont aussi pour l'homme", souligne Marc-André Selosse.

Mais, surtout, pour atteindre l'être humain, un Ophiocordyceps devrait franchir la barrière des espèces. "Biologiquement, l'homme est très éloigné de l'insecte. Cela nécessiterait énormément d'évolutions, et prendrait donc beaucoup de temps", estime Sarah Dellière. Le réchauffement climatique pourrait-il accélérer cette évolution, comme cela est suggéré dans la série ? A court terme, c'est plutôt l'inverse, tranche Luis Portillo, car "les températures au-dessus de 28°C sont néfastes pour les cordyceps, leur optimum de croissance se trouvant à 18°C". Pour Sarah Dellière, qui se réfère notamment à un article publié en 2021 par l'université du Maryland (en anglais), "on peut toutefois imaginer qu'une augmentation progressive des températures va entraîner une pression de sélection chez les champignons. Cela pourrait les rendre capables de s'adapter à des températures plus hautes, comme celle de notre corps, ce qui rendrait alors possible les infections."

Si l'humanité ne semble pas menacée par un champignon la transformant en zombie, les infections fongiques représentent tout de même un important problème de santé publique. Selon le Fonds global d'action contre les infections fongiques (en anglais), les pathologies dues aux champignons feraient au moins 1,6 million de victimes annuelles, soit presque autant que la tuberculose. Environ 300 millions de personnes sont atteintes actuellement d'une infection fongique grave et 25 millions risquent de mourir ou de perdre la vue.

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