Pesticides : les vins de Bordeaux dans la ligne de mire

La viticulture bordelaise est désormais sous la pression grandissante d'associations et de riverains, qui dénoncent les effets toxiques d'herbicides et fongicides de synthèse, piliers de l'agriculture intensive, sur la santé et l'environnement.

D'un point de vue scientifique, l'Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (INSERM), dans une étude menée en 2013, a conclu "qu'il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte" et que "les expositions aux pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale ainsi que la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l’enfant".

La filière viticole bordelaise dit vouloire réduire l'empreinte environnementale de ses activités et s'est fixée pour 2020 des objectifs de 20% de réduction de ses gaz à effet de serre, d'économie d'énergie, de création d'énergies renouvelables et d'économie d'eau. Mais, en ce qui concerne la diminution des pesticides, c'est à la science qu'elle s'en remet avec l'espoir que les études de l'Institut national de Recherche agronomique (INRA) débouchent rapidement sur de nouveaux ceps (pieds de vigne) résistants aux maladies de la vigne qui nécessiteraient des fréquences de traitement drastiquement moindres.

Des associations s'élèvent contre l'omerta viticole

Des collectifs se sont créés pour réclamer que les lieux accueillant des personnes sensibles, notamment les écoles, ne soient plus bordés que par de la vigne bio, qui n'utilise que des molécules naturelles, pas de synthèse. Une pétition de 84.000 signatures en ce sens a été remise au préfet de Gironde début mars.

"Entourer de vignes en bio les 132 écoles recensées par la préfecture est un principe de précaution, il faut protéger les enfants qui sont les plus vulnérables", a estimé la porteuse de la pétition, Marie-Lys Bibeyran, dont le frère, ouvrier viticole, est décédé en 2009 d'un cancer rare pour lequel la justice doit se prononcer pour déterminer si la maladie contractée est ou non assimilable à une des pathologies reconnues comme professionnelles, comme cela a déjà été le cas pour d'autres agriculteurs.

Les auteurs de l'étude "Pesticides et santé, un dossier accablant" publiée en mars par le mensuel La Recherche rappellent que "si les agriculteurs sont en première ligne ils ne sont pas les seuls à développer des pathologies liées aux pesticides". Selon eux, "des études montrent une présomption forte de lien avec les pesticides" pour la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate, le lymphome non Hodgkinien chez l'adulte et les tumeurs cérébrales, les malformations congénitales et les leucémies chez les enfants.

Du bio partout ?

Mais, pour les responsables de l'interprofession, "faire du vin sans traiter la vigne on ne sait pas faire", affirme le directeur communication du CIVB, Christophe Château. "Notre but c'est que les viticulteurs utilisent le moins de produits possibles pour réduire l'impact que les traitements pourraient avoir sur l'environnement et la santé. Nous ne sommes pas en charge de l'homologation des produits, on ne peut qu'influer sur le respect des bonnes pratiques et si les conditions d'utilisation sont respectées il n'y a pas de danger sur la santé", se défend-il. Et d'affirmer que "le tout bio n'est pas la solution".

Marie-Lys Bibeyran estime quant à elle qu'"il faut aider les viticulteurs à changer de pratique et je ne vois pas qui ne pourrait pas passer en bio. Cela demande certes plus d'attention, de temps, de main-d’œuvre car il faut plus observer, plus regarder la météo, être plus réactif. Mais plutôt que mettre de l'argent sur des produits phyto autant créer des emplois et rendre les gens moins malades".

En attendant, la période de traitement de la vigne reprendra en avril, la majeure partie se tenant durant la floraison de mi-mai à juin.

Et le gouvernement dans tout cela? Il a dans son plan Ecophyto-II de réduction de 50% des pesticides dans l'agriculture repoussé ses objectifs à 2025 au lieu de 2018 initialement prévu. Et ce alors que le ministère de l'Agriculture a annoncé début mars que l'achat de produits phytosanitaires a bondi de 9,4% entre 2013 et 2014...