La France va-t-elle recycler la consigne pour les bouteilles et les canettes ?

Le gouvernement envisage de remettre au goût du jour cette pratique disparue depuis une vingtaine d'années. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Des bouteilles en plastique et des cannettes dans un écopôle spécialisé dans la valorisation des déchets, au Mans (Sarthe), le 12 avril 2013.
Des bouteilles en plastique et des cannettes dans un écopôle spécialisé dans la valorisation des déchets, au Mans (Sarthe), le 12 avril 2013. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
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Lison VerriezfranceinfoFrance Télévisions

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Bonne idée ou mauvais recyclage ? Brune Poirson, secrétaire d'Etat à l'Ecologie a visité, mardi 6 février, une start-up spécialisée dans le recyclage des canettes et des bouteilles en plastique en Ile-de-France. Une visite qui confirme la volonté du gouvernement de proposer le retour de la consigne dans la feuille de route sur l'économie circulaire, qui doit être présentée d'ici à la fin mars. Franceinfo se penche sur cette pratique, disparue à la fin des années 1990. 

Pourquoi la consigne a disparu en France ?

Les plus nostalgiques s'en souviennent sûrement encore : jusqu'à la fin des années 1990, le consommateur avançait une petite somme d'argent pour l'emballage, souvent en verre, des bouteilles achetées. Une fois vide, la somme leur était restituée contre l'emballage rapporté en magasin. Avec ce système, lancé dans les années 1960, une bouteille pouvait être réutilisée jusqu'à 50 fois.

Un procédé efficace mais qui n'a pas résisté à la prolifération des emballages en plastique à usage unique ou à l'automatisation industrielle des méthodes de recyclage. L'année 1999 marque le coup fatal porté à la consigne : dorénavant les entreprises qui produisent des futurs déchets doivent participer à leur gestion. Les communes se sont alors vu "transférer de façon unilatérale la charge du traitement de tonnages nouveaux venant des industriels", témoignait en 2005 le président de l'Association des maires de France, Jacques Pelissard. 

Une disparition parfois incomprise et critiquée. Le Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid), juge ainsi que "ce ne sont pas des considérations environnementales mais avant tout de nature commerciale qui ont conduit à la disparition de la consigne pour réutilisation au profit des emballages à usage unique". 

Mais la consigne n'a pas complètement disparu en France. Festivals, petits commerces ou restauration, ils seraient près de 300 acteurs à laver et réutiliser les bouteilles en verre. Selon Le Monde, 500 000 tonnes de déchets d'emballages seraient évitées chaque année grâce à ce système de recyclage. 

Quelles sont les pistes du gouvernement pour la restaurer ? 

Un constat s'impose : le taux de collecte des déchets n'est pas satisfaisant sur le territoire. "Les ménages français consomment plus de 330 000 tonnes de canettes et bouteilles de plastique par an. Seulement 40% sont recyclés", a expliqué mardi matin Brune Poirson, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, sur RTL

La consigne remise au goût du jour, oui, mais pas pour le verre, dont le taux de collecte à 86% est jugé déjà "élevé". Sont donc visées les bouteilles en plastique, les canettes et les piles. Il s'agirait d'installer des machines fixes ou ambulantes dans les commerces, les lieux publics ou les entreprises. Car les Français sont à la traîne pour le recyclage de ces produits, notamment dans les grandes villes, comme Paris ou Marseille, ou seule une bouteille en plastique sur 10 est recyclée, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. 

Côté piles, les Français en achèteraient environ 32 000 tonnes par an, chiffre Le Parisien. Et sur 100 piles "usées", seulement 40 seraient recyclées. 

Autre nouveauté envisagée par le gouvernement : une consigne récupérée sous la forme de monnaie, en bon d'achat ou transformée en don pour une association. Dans ce dispositif, les canettes seraient ensuite collectées, remplies de nouveau et renvoyées en rayon, tandis que les bouteilles en plastique à usage unique seront recyclées. Au niveau des prix, la France peut imaginer un modèle copiant plusieurs de ses voisins, où la consigne varie entre 8 et 25 centimes.

Est-ce que ça fonctionne ? 

En Allemagne comme dans de nombreux pays, la consigne est largement répandue. Outre-Rhin, le taux de retour dépasse les 80%, voire 90 % pour les contenants de boissons.

Interrogé par franceinfo, Bastien Vigneron, membre de l'association Ecoscience Provence, co-fondatrice du Réseau Consigne, confirme l'intérêt de la consigne : "Cela coûte moins cher de laver et de réutiliser des bouteilles en verre plutôt que de la casser, la chauffer 24 heures dans un four et de refaire une bouteille en verre." Aujourd'hui, en effet, lorsqu'un Français jette une bouteille en verre, celle-ci est collectée, brisée, fondue dans un four à 1 500°C et reprend la forme d'une bouteille, réutilisable. Sans oublier que la consigne consomme quatre fois moins d'énergie.

Etendue aux piles, bouteilles et canettes, le gouvernement mise sur une "incitation financière" qui permettrait de rattraper le retard des Français en matière de recyclage. 

Quand on met une incitation financière, on a de meilleurs résultats de collecte.Bastien Vigneron, Réseau consigneà franceinfo

Pourtant quelques critiques s'élèvent déjà, notamment du côté des professionnels de la collecte et du recyclage. "Prendre une telle décision sans étude d'impact peut être dangereux, expliquait au Monde Jean-Philippe Carpentier, président de la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec). On ne peut pas comparer aux pays nordiques, dans lesquels le cheminement des déchets est différent. Nous, on a mis en place un système de collecte porte à porte, avec des centres de tri, tout un tissu industriel de recyclage et de collecte."

"Les bouteilles en plastique, c'est le seul gisement que l'on arrive à bien collecter et qui rapporte une petite recette", remarque Nicolas Garnier, délégué général de l'association Amorce.

Amener un nouvel intermédiaire dans la filière pourrait être contre-productif pour les collectivés.Nicolas Garnier, délégué général d'Amorceà franceinfo

Le gouvernement devrait mettre en place plusieurs expérimentations sur la consigne, notamment à Paris et Marseille