Rixes mortelles dans l’Essonne : "Tous ces jeunes violents et délinquants, ce sont avant tout des jeunes en souffrance" pour l'ancien braqueur Yazid Kherfi

Yazid Kherfi, ancien braqueur, auteur de "Repris de justesse", et aujourd’hui consultant en prévention urbaine, revient sur les deux rixes entre jeunes qui ont fait deux morts en deux jours dans l'Esssonne.

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Radio France
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Yazid Kherfi, ancien braqueur, auteur de "Repris de justesse", photographié le 25 janvier 2012 à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)

"Tous ces jeunes qui sont violents et délinquants, ce sont avant tout des jeunes en souffrance, des jeunes en difficulté", a expliqué sur franceinfo Yazid Kherfi, ancien braqueur, auteur de "Repris de justesse", et aujourd’hui consultant en prévention urbaine. Deux rixes ont eu lieu en deux jours dans le département de l’Essonne. Lundi 22 février, une jeune fille de 14 ans est morte poignardée dans le ventre à Saint-Chéron. Le lendemain, un jeune homme de 13 ans a été mortellement touché au cou à Boussy-Saint-Antoine.

Pour Yazid Kherfi, se regrouper en bande, "c'est une façon de se protéger. Le problème, c'est que dans la bande, il suffit d'une provocation, et ces jeunes répondent par la violence". "Ils se disent ‘on est obligé de réagir, on n'est pas des froussards’. Il ne faut pas qu'ils perdent la face, ils ont perdu la face à tous les niveaux. Donc, faire partie d'une bande et d'un quartier, c’est leur seule fierté. Être violents, ça leur redonne de l'existence, ça leur redonne du pouvoir. Ils ne veulent pas se rabaisser, même si les conséquences sont graves. Ils regrettent cinq minutes après, et c'est trop tard", constate Yazid Kherfi.

Pas assez de dialogue et de prévention

Intervenant régulièrement la nuit dans les quartiers, il regrette le fait que ces jeunes soient livrés à eux-mêmes. "Quand s'installe la nuit dans les quartiers, il n’y a rien d'ouvert, à part le commissariat", décrit-il. "On se plaint que les jeunes soient dans les halls d'immeuble, mais c'est parce qu'il n'y a rien d'autre".

L’ancien braqueur lance un appel au dialogue. "À chaque fois qu’il y a du bruit dans un quartier, les gens appellent la police", déplore-t-il. "Pourquoi ne pas descendre et dialoguer ?".

Il souhaite une "éducation à la non-violence", dans laquelle l'Éducation nationale a "son rôle à jouer". Il voudrait aussi davantage de "soins parce qu’il y a des problèmes psy chez certaines personnes". "Ça passe aussi par le rôle des familles", dit-il. "Il faut qu’elles reprennent une place un peu plus importante. Que des adultes puissent aussi, à un moment donné, intervenir avant que les choses se passent mal", déplorant qu’il n’y ait "pas suffisamment" de médiateurs.

"Parce qu'on met beaucoup plus d'argent dans la sécurité que dans la prévention. C'est bien d'arrêter les délinquants et les terroristes. Mais éviter qu'ils deviennent délinquants ou terroristes, c'est mieux", conclut-il.

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