Tabac : "L'augmentation du prix est le premier facteur de dissuasion"

Les ventes de cigarettes ont diminué de 10,1% par rapport au deuxième trimestre de l'année 2017. En un an, un million de personnes ont arrêté de fumer, une baisse historique.

Tabac : \"L\'augmentation du prix est le premier facteur de dissuasion\"
Tabac : "L'augmentation du prix est le premier facteur de dissuasion"

La Direction générale des douanes a publié mardi 7 août les données mensuelles de ventes de tabac aux détaillants. Et les chiffres sont encourageants :  les ventes de tabac ont diminué de 2,4% par rapport au mois de juillet de l'année dernière. Par rapport au deuxième trimestre 2017, cela représente une baisse de 10,1%, selon l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies. Une tendance qui s'explique, en partie, par l'augmentation répétée du prix des cigarettes ces dernières années.

Le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-tabacologue à l'Institut Arthur Vernes (Paris) répond à nos questions.

  • La baisse des ventes de tabac est-elle la conséquence des augmentations de prix ?

Pr Bertrand Dautzenberg : "Il y a eu une grosse augmentation du prix du tabac en mars dernier, de l'ordre de 1 euro pour un paquet de 20 cigarettes. Le paquet de cigarettes coûte désormais environ 8 euros à la vente, contre 6,20 en 2013 et 3,20 en 2000. La prochaine hausse aura lieu en avril 2019 (50 centimes) et en 2020, le paquet devrait atteindre les 10 euros. Je pense que l'augmentation du prix est en effet le premier facteur de dissuasion pour les fumeurs. D'ailleurs, si l'on compare la consommation de tabac entre mars et juillet de cette année et entre mars et juillet de l'année dernière, la diminution est de 11,1%. L'impact est donc indéniable. C'est une très belle réussite pour la santé publique."

  • Le prix est-il le seul facteur de diminution de la consommation de tabac ?

Pr Bertrand Dautzenberg : "L'augmentation du prix est responsable de 50% de ces bons résultats. D'autres facteurs, tout aussi importants, ont eu de l'effet : le remboursement des traitements de sevrage, le "mois sans tabac" - grand évènement de prévention tabagique qui s'est déroulé au mois d'octobre - et le développement de la cigarette électronique. Il faut savoir que la cigarette électronique est le premier recours des Français pour arrêter de fumer. D'ailleurs selon moi, il faut absolument l'intégrer au parcours d'arrêt du tabac, tout comme le sont déjà les substituts nicotiniques, car c'est un moyen d'arrêter de fumer par plaisir et non par effort. L'arrivée de la cigarette électronique a aussi eu un impact positif sur les jeunes : beaucoup, attirés par le côté ludique de la vapoteuse, essaient de la fumer avant même de tester les cigarettes. Comme elles ne provoquent pas de pic de nicotine contrairement à la cigarette, le nombre de récepteurs nicotiniques et l'addiction régressent."

  • En mars dernier, la ministre de la Santé a annoncé le remboursement intégral des traitements d'aide au sevrage tabagique, qu'en pensez-vous ?

Pr Bertrand Dautzenberg : "Que ce soit les patchs, les gommes à mâcher ou encore les inhalateurs... les aides au sevrage tabagique sont nombreuses mais coûtent cher ce qui peut être un frein pour les fumeurs. La prise en charge des traitements prescrits sur ordonnance était jusqu'alors limitée à un forfait de 150 euros. Le remboursement intégral est une excellente mesure selon moi pour encourager les patients à arrêter. Il suffira d'aller à la pharmacie avec sa carte vitale et sa carte de mutuelle, sans aucun reste à charge. Je pense que cette mesure aura un impact immense notamment sur les plus gros fumeurs. C'est une belle avancée et ça va sauver des vies, c'est certain !".

(N.D.L.R : Santé Public France souligne une augmentation de 28,5% des ventes de traitements d'aide au sevrage tabagique entre 2016 et 2017)

  • Dans quelle catégorie de population la baisse du tabagisme est-elle la plus significative ?

Pr Bertrand Dautzenberg : "Sans hésiter je dirais les jeunes, et c'est une très bonne nouvelle pour eux, car plus on commence à consommer tôt, plus le risque de dépendance est important. Dans les lycées de Paris par exemple, moins de 20% des adolescents de 18 ans fument tous les jours. En 1991, ils étaient plus de 50% ! Je pense que cette diminution chez les jeunes s'explique aussi par l'apparition des paquets neutres. Sans logo, sans marque ni couleurs distinctives, les jeunes sont beaucoup moins attirés par le produit. Sans parler des photos "choc" qui apparaissent sur les paquets, des visuels loin d'être glamour et tendance..."

  • Est-ce qu'on s'achemine vers une société sans tabac ?

Pr Bertrand Dautzenberg : "Tous les fumeurs sont convaincus des bienfaits de l'arrêt du tabac. D'ailleurs, si on les interroge dans la rue, les deux-tiers ont prévu d'arrêter prochainement et le reste hésite, car le plus souvent, ils ont peur de prendre du poids. Si on donne les bons conseils et les bonnes stratégies, l'industrie du tabac a donc du souci à se faire ! Je pense que la France est sur la bonne voie. Depuis la loi Evin de janvier 1991 - qui interdit de fumer dans les lieux à usage collectif - je dirais que les mesures prises par le gouvernement sont efficaces. Il faudrait néanmoins qu'elles soient plus régulières dans le temps pour que la baisse de la consommation le soit aussi."