L’addiction aux jeux vidéo est une pathologie selon l'OMS

L’addiction se caractérise par une perte de contrôle, un temps important passé à jouer, et des conséquences néfastes du jeu sur la vie quotidienne.

Cette addiction concerne les jeux en ligne, très répandus, mais aussi les jeux vidéo classiques - Vidéo : entretien avec le Pr Amine Benyamina, psychiatre addictologue
Cette addiction concerne les jeux en ligne, très répandus, mais aussi les jeux vidéo classiques - Vidéo : entretien avec le Pr Amine Benyamina, psychiatre addictologue

"Les jeunes qui souffrent de problèmes d'addiction aux jeux vidéo ont envahi nos consultations" constate le Dr Olivier Phan, pédopsychiatre et addictologue à la Fondation Santé des Etudiants de France. Un constat que partage l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a inscrit cette addiction dans sa Classification internationale des maladies le 18 juin. Cette liste, internationalement reconnue, a été actualisée pour la dernière fois en 1990.

Trois critères de définition retenus par les pédopsychiatres

Pour définir l’addiction aux jeux vidéo, trois critères cumulatifs sont retenus par les pédopsychiatres : une perte de contrôle, un temps important passé à jouer, et des conséquences néfastes du jeu sur la vie quotidienne. Plusieurs stades sont observés. Il y a d’abord celui du joueur occasionnel, puis celui du "cercle vicieux" : "L’adolescent ressent une insatisfaction à l’école, alors il se surinvestit dans le jeu, car il y trouve une gratification qu’il n’a pas en milieu scolaire. Plus il s’investit dans le jeu, moins il s’investit à l’école. Alors les résultats baissent, il est encore moins satisfait, et il s’investit encore plus dans le jeu vidéo." Vient ensuite le troisième stade, quand l’adolescent, qui a une phobie scolaire, se réfugie dans le monde virtuel et ne vient plus en cours. Pour les pédopsychiatres, c’est toutefois le quatrième stade qui nécessite une intervention. "On parle d’Hikikomori : l’enfant est reclus dans sa chambre", indique le Dr Phan.

La décision de l'OMS est inédite : pour la première fois, elle reconnaît l’existence d’un "gaming disorder", que l’on peut traduire en français par "trouble du jeu vidéo" ou "maladie du jeu vidéo". Cette addiction concerne les jeux en ligne, très répandus, mais aussi les jeux vidéo classiques. Elle vient rejoindre ce que l’instance des Nations unies classe dans la catégorie des "troubles liés à des conduites addictives", à savoir l’addiction aux jeux de hasard, qui était jusqu’à présent la seule composante de cette catégorie.

Fixer un cadre familial

La prise en charge du patient se fait en trois temps. D’abord, il convient de chercher la source de son insatisfaction. Ensuite, il faut mettre en place une thérapie familiale, et aider les parents à fixer un cadre. "Souvent, ils ne font pas vraiment attention aux troubles de leur enfant, et cette situation se pérennise. Car tout est calme en apparence", explique le Dr Phan. Enfin, il s’agit de se concentrer sur le bien-être de l’adolescent. Même si, comme l’indique le pédopsychiatre, l’addiction aux jeux vidéo n’est pas nécessairement une manifestation de dépression.

Pour lui, la classification de l’OMS est un premier pas vers une prise de conscience globale. "Les pédopsychiatres constatent le problème. Mais il est difficile de le qualifier. Et quand le trouble n’est pas officiel, il n’est pas observé par des études. C’est le serpent qui se mord la queue." Pour lui néanmoins, il est difficile, aujourd’hui, de contester la puissance de l’industrie du jeu vidéo, et de son influence sur la jeunesse : "Jamais on n’a autant investi dans ce domaine. C’est plus que pour l’industrie du cinéma !"

Il ne faut cependant pas confondre le "gaming disorder", qui est un trouble grave, avec un simple attrait pour les jeux vidéo. Pour l’heure, une majorité écrasante d’adeptes s’y adonnent pour le plaisir, sans que cela ne revête de caractère pathologique. Ce qui importe, ce sont avant tout les conséquences de la pratique du jeu. "J’ai connu un étudiant en classe préparatoire qui était premier de sa promotion et qui jouait 5 heures par jour. Dans ce cas-là, on ne parle pas d’addiction." Joueurs raisonnables, rassurez-vous donc : la route vers la conduite addictive est longue !