L'ancien patron des stups soupçonné d'être au cœur d'un trafic de drogue

Un témoin présenté comme un infiltré met en cause François Thierry dans "Libération".

François Thierry, directeur de l\'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants, lors d\'une saisie de 2,5 tonnes de cannabis à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 14 décembre 2012.
François Thierry, directeur de l'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants, lors d'une saisie de 2,5 tonnes de cannabis à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 14 décembre 2012. (PATRICK KOVARIK / AFP)
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Une nouvelle affaire Neyret ? François Thierry, l'ancien patron de la lutte antidrogue, est accusé d'avoir facilité l'importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis, selon des révélations publiées lundi 23 mai dans Libération. L'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS) aurait profité de sa position pour participer à un trafic de drogue. Francetv info reprend les éléments de cette histoire.

De quoi François Thierry est-il accusé ?

Un certain Stéphane V. raconte qu'entre mars et avril 2012, "François Thierry [lui] a demandé d'aller garder une villa à Estepona", en Espagne. Là, "pendant 20 jours, cinq hommes se sont relayés pour charger et décharger des paquets de drogue sur la plage. François Thierry me les a présentés comme des policiers français. J'en avais déjà vu certains à l'OCRTIS", poursuit le témoin.

"Le cannabis arrivait du Maroc" dans des bateaux pneumatiques et "en tout, 19 tonnes ont transité par la villa au cours de ce seul séjour. La drogue remontait vers la France par 'go fast'. Seule une partie des voitures étaient interceptées", ajoute le témoin. D'après l'enquête de Libération, François Thierry, qui a récemment quitté ses fonctions à la tête de l'OCRTIS, aurait ainsi joué un "rôle central" dans l'importation de "plusieurs dizaines de tonnes de cannabis".

L'import aurait bénéficié à un présumé trafiquant de drogue, Sofiane H., interpellé le 22 février en Belgique. Cet homme de 40 ans était recherché dans l'enquête sur la prise record de sept tonnes de cannabis à Paris en octobre dernier. Selon Libération, Sofiane H. aurait été recruté comme informateur par François Thierry et a réussi à "s'imposer comme le plus gros trafiquant de l'Hexagone grâce à la protection" de l'ex-patron de l'Office central des stups.

Qui est à l'origine de ces révélations ?

Stéphane V. est présenté dans Libération comme un "infiltré" ayant effectué "plusieurs missions pour l'Etat" avec pour agent traitant François Thierry. Il dit avoir été inscrit comme informateur au Bureau central des sources en 2007. Il a été entendu par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à la suite de son témoignage, toujours selon Libération.

L'homme, âgé de 52 ans, affirme avoir travaillé également pour l'agence antidrogue américaine (DEA). Dans une interview accordée au quotidien, il dit vouloir dénoncer "les méthodes de l'Office des stups depuis des années" en France, "un trafic organisé au plus haut niveau". Il explique s'être mis à table car il n'a toujours pas été payé après une "mission dangereuse" en Amérique du Sud. Mais il assure que ses motivations ne sont pas que pécuniaires : "J’entends la politique du résultat, mais pas la fin de l’Etat de droit."

Quelles conséquences pour les autorités ?

Libération estime difficile pour François Thierry d'avoir agi de la sorte sans mettre au courant sa hiérarchie. "J’ignore qui était au courant de ces méthodes au-delà de François Thierry, dont tout le monde vantait les résultats. Mais de toute évidence, il y avait soit des complicités, soit une absence totale de contrôle", estime de son côté Stéphane V.

Au-delà du potentiel discrédit pour une partie de la police française, l'affaire pourrait avoir des conséquences sur des procédures judiciaires en cours. "Combien de suspects sont désormais potentiellement libérables par des avocats pugnaces ?" s'interroge Libération. Le quotidien prévient que les dossiers impliquant Sofiane H. risquent d'être fragilisés.