Cannabis : "Il est temps de changer de paradigme", estime le Conseil économique et social qui se prononce pour une "légalisation encadrée"

Devant "l'inefficacité" des politiques françaises sur le cannabis en termes de santé publique, le Conseil économique et social (Cese) préconise une légalisation encadrée de cette drogue, dans un projet d'avis soumis au vote mardi.
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Radio France
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Le Cese fait le constat de "l'échec des politiques menées en matière de lutte contre le cannabis depuis une cinquantaine d'années". Photo d'illustration (STEPHANE LARTIGUE / MAXPPP)

C'est la première fois qu'il se prononce de façon aussi claire sur ce sujet sensible : le Conseil économique et social (Cese) appelle mardi 24 janvier à une légalisation encadrée du cannabis en France. Un projet d'avis rendu à l'issue d'un an de travail, réalisé par une commission ad hoc créée pour ouvrir les débats sur ce sujet "souvent caricaturés".

Cet organe consultatif de la société civile, où siège notamment associations et syndicats, fait le constat de "l'inefficacité" des politiques françaises sur le cannabis en termes de santé publique. "Il est temps de changer de paradigme", avance Jean-François Naton, membre du Cese et président de cette commission temporaire.

franceinfo : En quoi légaliser le cannabis ferait-il avancer les choses ?

Jean-François Naton : Ce n'est pas un scoop de parler de l'échec des politiques menées en matière de lutte contre le cannabis depuis une cinquantaine d'années. Nous sommes quand même le pays d'Europe avec le système répressif le plus abouti, et avec en même temps la consommation la plus en expansion.

"Il est temps de s'interroger sur les limites du système actuel. Nous n'incitons pas du tout à la consommation de cannabis, cela reste une drogue à combattre. Mais à partir d'un moment, il faut savoir changer de méthode quand nous sommes en échec."

Jean-François Naton, membre du Cese

à franceinfo

Il convient de sortir du tout répressif et de passer à une dépénalisation de l'usage. Par exemple : un fumeur de cannabis peut être contrôlé positif au volant, alors que sa consommation a eu lieu cinq ou dix jours avant et qu'il n'est plus sous l'emprise du produit. Tout ce système de répression produit un nombre d'injustices très important. Il convient de changer de paradigme.

Quelles seraient les conséquences d'une légalisation encadrée ?

Le grand défi est d'assécher le trafic. Cela veut dire que les consommateurs devraient pouvoir avoir en leur possession de quoi consommer. Nous sommes pour arrêter de pénaliser la culture personnelle de cannabis. Cela veut également dire des boutiques, avec un contrôle des pouvoirs publics de la vente de ce produit. En réintroduisant des cultures de cannabis de qualité sur le sol français.

Qu'est-ce qui vous a convaincu, au-delà de l'échec de la répression actuelle ?

Le grand avantage c'est que nous pouvons nous appuyer notre réflexion sur les expériences menées au niveau international, notamment au Canada, dans certains États américains ou au Portugal. Partout où la légalisation s'est mise en œuvre, nous avons constaté des résultats satisfaisants en termes de consommation. C'est tout le paradoxe : quand le cannabis est légalisé, il est moins consommé. Parce qu'il est possible de mettre en place une politique de prévention.

Plusieurs médecins ont participé à nos travaux, ils font le même constat que nous : si nous voulons combattre résolument la consommation, notamment chez les plus jeunes pour qui ce produit est nocif, nous devons prendre en compte la réalité.

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