Lutte contre le cancer : ce qu'il faut retenir du plan lancé par Emmanuel Macron

Le président de la République a dévoilé, jeudi, une stratégie décennale contre cette maladie qui reste la première cause de mortalité chez les hommes et la deuxième chez les femmes. Objectif : faire baisser le nombre de morts de 150 000 à 100 000 par an.

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Des personnes fument sur un trottoir de Paris, le 16 octobre 2006. Le tabac est la cause de nombreux cancers évitables. (THOMAS COEX / AFP)

"L'ambition, c'est d'aller plus vite (…), sur la lancée de ce qui a été acquis par les plans précédents." Le président de la République, Emmanuel Macron, a dévoilé, jeudi 4 février, son plan pour lutter contre le cancer, une cause reléguée au second plan en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19. "Ça été une catastrophe pendant le premier confinement", déplore notamment sur franceinfo le professeur Thierry Philip, président du directoire de l'Institut Curie.

Le cancer entraîne environ 150 000 morts par an en France, ce qui en fait la première cause de décès chez les hommes et la deuxième chez les femmes. Après trois plans de lutte contre le cancer d'une durée de cinq ans (2003-2007, 2009-2013, 2014-2019), le gouvernement met en place une stratégie décennale. Franceinfo vous en présente les grandes lignes.

Atteindre les dix millions de dépistages annuels en 2025

Une première feuille de route a été établie pour la période 2021-2025. Elle sera dotée d'un budget de 1,74 milliard d'euros de la part de l'Etat et de la Sécurité sociale, soit "une augmentation de 20% par rapport au financement du plan antérieur", souligne l'Elysée. C'est presque la moitié de la somme prévue par l'Union européenne, qui lance son plan contre le cancer, avec un budget de 4 milliards d'euros, en même temps que la France. 

Le plan tricolore, qui sera piloté par l'Institut national du cancer (INCa), ambitionne de réduire de 60 000 par an d'ici à 2040 le nombre de "cancers évitables", sur un total de 153 000. On estime que quatre nouveaux cas de cancer sur 10 pourraient être évités, car attribuables à des facteurs de risque modifiables comme le tabac, l'alimentation, l'exposition aux UV ou encore la sédentarité. Le gouvernement et l'INCa souhaitent aussi convaincre davantage de Français de participer aux trois dépistages organisés existants : pour le cancer du sein, le cancer colorectal et, depuis 2018, le cancer du col de l'utérus.

L'objectif est d'atteindre les 10 millions de dépistages annuels à l'horizon 2025, soit un million de plus que ce qui est actuellement réalisé chaque année. "Le taux de dépistage des cancers du sein est de 55% environ alors qu'il est bien supérieur chez les femmes d'autres nations que la nôtre. Le cancer colorectal, ce n'est pas suffisant. Il est certain qu'un diagnostic précoce permet un traitement plus fréquent et curatif", assure à franceinfo le professeur Axel Kahn, généticien et président de la Ligue nationale contre le cancer

La marge de progression existe principalement pour le dépistage du cancer colorectal, pour lequel on observe seulement 30% de participation. Par ailleurs, des travaux de recherche sont menés pour envisager des dépistages sur d'autres cancers, comme celui du poumon. "On guérit aujourd'hui 80% des enfants et 60% des femmes parce qu'elles se font dépister plus fréquemment, contre 50% des hommes", indique le professeur Thierry Philip.

Parvenir à une génération sans tabac en 2030

La consommation de tabac chez les jeunes est au centre de la stratégie du gouvernement. "Je souhaite que la génération qui aura 20 ans en 2030 soit la première génération sans tabac de l'histoire récente", a déclaré le chef de l'Etat, confirmant une promesse de campagne, et promettant d'agir sur "le prix, l'extension des espaces sans tabac, les campagnes d'information sur sa toxicité" et un meilleur accompagnement de ceux qui arrêtent de fumer. Cette mobilisation doit commencer "dès l'école". "Globalement, on considère que plus de 30% de l'ensemble des cancers dépendent du tabac", rappelle la Ligue nationale contre le cancer. Le tabagisme tue 75 000 personnes par an en France, majoritairement de cancers (poumon, œsophage, gorge, vessie…).

Pour Axel Kahn, la lutte contre le tabagisme passe d'abord par le prix. "C'est désespérant d'une certaine manière, rien n'a été aussi efficace que la sanction au portefeuille", juge le professeur. D'après lui, le tabac "a cessé de reculer cette année du fait du confinement".

"En 2021, le cancer du poumon tuera plus de femmes que le cancer du sein, beaucoup plus fréquent. Et dans une dizaine d'années, les cancers du poumon chez les femmes seront aussi fréquents que les cancers du poumon chez les hommes."

Axel Kahn, président de la Ligue nationale contre le cancer

à franceinfo

Lutter contre l'alcoolisme et la dépendance

Concernant l'alcool, à l'origine d'un cinquième des cancers évitables et de 16 000 décès par cancer chaque année, "il ne s'agit pas d'aller vers le zéro alcool mais bien de prévenir les excès et de mieux aider ceux qui sont dans une forme de dépendance à en sortir", a souhaité Emmanuel Macron.

Il a ainsi promis, sans précisions, de donner, "à l'image de ce que nous avons fait pour les aliments, des repères à la fois plus visibles et plus lisibles aux consommateurs sur chaque produit". "La consommation ne baisse quasiment plus, plaçant la France parmi les plus gros consommateurs des pays développés", regrette l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans son rapport d'évaluation du troisième Plan cancer (2014-2019).

L'Igas demande "l'adoption d'une politique publique ambitieuse de prévention du risque alcool, comme le réclamait déjà la Cour des comptes en 2016". L'objectif pour la période qui s'ouvre, "c'est vraiment la lutte contre l'alcoolisme et contre la dépendance", assure l'Elysée. "L'ensemble des leviers" seront mobilisés : la recherche, mais aussi la régulation de la publicité, la limitation de l'accessibilité aux mineurs ou encore le renforcement de l'information sur les risques liés à l'alcool, en particulier auprès du jeune public.

Améliorer le taux de survie pour les cancers les plus virulents

Le dernier objectif consiste à "améliorer significativement" le taux de survie des cancers à mauvais pronostic, c'est-à-dire ceux dont le taux de survie à cinq ans est inférieur à 33%, tels que les cancers du pancréas ou du poumon, le cancer du sein dit "triple négatif" ou encore un cancer rare, le gliome du tronc cérébral de l'enfant.

L'arrivée des immunothérapies et l'amélioration des prises en charge sont des pistes puisqu'elles ont contribué à faire reculer la mortalité. "L'immunothérapie a permis de faire des progrès sur des cancers qui étaient extraordinairement résistants. Globalement, aujourd'hui, on guérit 53 à 54% des cancers. Je rappelle que quand la Ligue a été créée en 1918, on en guérissait 10%", souligne Axel Kahn. Par ailleurs, le plan a aussi pour objectif de limiter à un tiers la proportion de patients souffrant de séquelles cinq ans après leur diagnostic (chirurgies mutilantes, effets secondaires des médicaments, retards de développement chez les enfants…), contre deux tiers à l'heure actuelle. 

Enfin, la moitié des 1,7 milliard d'euros du plan 2021-2025 sera dédiée à la recherche "car c'est par la connaissance que nous pourrons progresser", indique l'Elysée.

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