"Si tous les moins de 20 ans arrêtaient de fumer demain, la mortalité par cancer diminuerait de 40% dans les 50 ans", selon l'Institut Curie

Emmanuel Macron présente ce jeudi la stratégie décennale nationale de la lutte contre les cancer. L'objectif c'est "de réduire de 60 000 par an les cas évitables", explique le professeur Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie.

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Image faite lors d'une macrobiopsie par mammotome sur une patiente présentant des lésions lors d'une mammographie à l'Institut Curie (illustration). (JOEL SAGET / AFP)

"Si tous les jeunes de moins de 20 ans arrêtaient de fumer demain matin, la mortalité par cancer diminuerait de 40% dans les 50 ans qui viennent", a assuré  jeudi 3 février sur franceinfo le professeur Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie. À l'occasion de la journée mondiale contre le cancer, il a insisté non seulement sur la nécessité de se faire dépister, malgré la crise sanitaire, mais surtout sur la nécessité de lutter contre les causes de cancer. "40% des cancers sont évitables", a-t-il précisé alors qu'Emmanuel Macron présente jeudi la stratégie nationale décennale de la lutte contre les cancers.

franceinfo : Est-ce qu'il y a de la place pour parler de cancer, aujourd'hui, dans ce contexte lourdement occupée par le Covid-19 ?

Thierry Philip : Oui parce qu'avec 380 000 nouveaux cas par an et 150 000 morts, ça reste de loin la première cause de mortalité. Donc, il faut en parler.

"Il faut en parler parce que, d'abord, 40% des cancers sont évitables."

Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie

à franceinfo

Le tabac, l'alcool, l'alimentation, la lutte contre l'obésité, l'activité physique, la qualité de l'air, l'environnement, la vaccination contre le papillomavirus pour les petites filles, tout ça, c'est extrêmement important pour éviter beaucoup d'ennuis. Si tous les jeunes de moins de 20 ans arrêtaient de fumer demain matin, la mortalité par cancer diminuerait de 40% dans les 50 ans qui viennent.

Le tabac est toujours la première cause de cancer chez les Français. Est-ce qu'on en fait assez contre le tabagisme ?

On n'en fait jamais assez. Mais l'objectif de cette stratégie décennale qui sera présentée jeudi matin, c'est justement de réduire de 60 000 par an les cas évitables. C'est un objectif qui est intéressant parce que si vous le multipliez par dix, ça fait 600 000 cancers de moins en dix ans. C'est un très bel objectif et c'est de loin la priorité. Et c'est de loin le message le plus important.

La prévention contre l'alcoolisme est aussi essentielle dans cette lutte contre le cancer. Est-ce que l'exécutif s'en donne les moyens ?

Dans la stratégie décennale, il y a l'idée de se concentrer sur les cancers les plus graves. Le cancer du poumon [lié au] tabac, le cancer de l'œsophage [lié au] tabac. On peut y associer aussi les cancers du pancréas, du foie, du système nerveux. Dans cette stratégie, il y a aussi la volonté de continuer ce qui marche, le fait par exemple qu'on guérit aujourd'hui 80% des enfants et 60% des femmes parce qu'elles se font dépister plus fréquemment, contre 50% des hommes. On va également se concentrer sur les cancers des poumons, du pancréas, de l'œsophage, du foie, du système nerveux et des ovaires, tout ce qui ne guérit pas encore pour essayer de faire des progrès. Je pense que ça c'est une jolie stratégie, d'autant qu'il va y avoir une stratégie française coordonnée avec une stratégie européenne. C'est la première fois alors que ça fait des années que l'Institut Curie essaie de lier la stratégie européenne et la stratégie française. Donc, c'est un point très positif du plan Macron.

À quel point le dépistage du cancer a-t-il été délaissé depuis près d'un an à cause de l'épidémie de Covid-19 ?

Ça a été une catastrophe pendant le premier confinement. Cancer du sein, pas de dépistage. Cancer du côlon, pas de dépistage. Cancer du col de l'utérus, pas de dépistage. À l'Institut Curie, nous sommes spécialisés sur les tumeurs de l'œil et on a vu, cette année, des choses assez catastrophiques. Aujourd'hui, on est obligé d'opérer, d'énucléer, d'enlever l'oeil parce que les gens viennent trop tard. Et ça, ça ne s'est pas vu au deuxième confinement. Je crois que les gens ont compris qu'il n'y a pas plus de danger à l'hôpital qu'ailleurs, qu'on prend des mesures très importantes et qu'il faut absolument, si on a des signes, venir consulter son médecin. Et si on a une difficulté à venir consulter son médecin, il faut aller dans les centres de cancérologie, que ce soit dans les centres de lutte contre le cancer comme l'Institut Curie, ou que ce soit dans les CHU ou les cliniques privées. Il faut aller voir des médecins.

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