On vous explique ce que sont les acides gras trans industriels, que l'OMS veut interdire partout dans le monde

L'Organisation mondiale de la santé a présenté un programme pour éliminer totalement ces mauvaises graisses d'ici à 2023. Selon l'OMS, elles sont responsables, chaque année, de plus de 500 000 décès liés à des maladies cardiovasculaires, 

Dans une usine de production de pizzas, en Allemagne, le 8 décembre 2015.
Dans une usine de production de pizzas, en Allemagne, le 8 décembre 2015. (JENS BUTTNER / ZB / AFP)

Sus aux acides gras trans industriels. C'est la première fois que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) veut interdire complètement un ingrédient, utilisé surtout dans l'industrie agroalimentaire, pour sauver des millions de vies. Sa campagne, lancée lundi 14 mai, vise à faire disparaître ces molécules de l'alimentation humaine à l'horizon 2023. Mais de quoi parle-t-on exactement ? On vous explique ce que sont ces acides gras trans industriels et pourquoi l'OMS veut les chasser de vos assiettes.

C'est quoi, les acides gras trans industriels ?

Ces molécules complexes méritent bien un nom à rallonge. Allodocteurs vous explique, en détail, à quoi ressemblent ces acides gras, mais pour faire court, retenons que les acides gras trans font simplement partie des acides gras insaturés, et qu'ils peuvent être d'origine naturelle ou artificielle. Dans la nature, ils sont produits dans l'estomac des ruminants (vaches, moutons) par les bactéries qui y résident et arrivent ainsi dans les graisses de ces animaux et dans leur lait, explique l'Anses. Ils sont donc présents en petite quantité, dans la viande, le lait et les produits laitiers.

Ceux qui posent problème à l'OMS sont d'origine "technologique" ou "industrielle". "Ils sont synthétisés via des procédés industriels comme l'hydrogénation des huiles végétales", explique encore l'Anses. L'hydrogénation a pour but de transformer des graisses insaturées en graisses saturées, afin d'en acquérir certaines propriétés physiques, mais pas toutes. Les graisses complètement hydrogénées peuvent être trop friables. Les industriels interrompent donc le processus pour obtenir des graisses partiellement hydrogénées.

A quoi ça sert ?

Ces acides gras trans ont été introduits dans l'alimentation au début du XXe siècle, en remplacement du beurre (qui contient des acides gras saturés). Ils ont profité de la mauvaise réputation de ce dernier, à partir des années 1950, pour gagner en popularité. Les acides gras trans industriels sont en outre utilisés comme conservateurs. Ils rendent les aliments plus fermes et plus stables, et donc moins prompts à rancir. C'est pourquoi ils sont très répandus dans les aliments industriels.

Vous pouvez trouver ces molécules dans la margarine et le beurre clarifié. Et si vous ne les consommez pas directement sous cette forme, vous risquez quand même de les retrouver quand vous grignotez (barres chocolatées, croissants industriels, biscuits, gâteaux apéritifs, pain de mie…) et peut-être même dans votre déjeuner ou dîner : soupes déshydratées, pizzas, quiches, fritures…

Qu'est-ce qu'on leur reproche ?

Le  docteur Tom Frieden, ancien de l'administration Obama et PDG de l'initiative Resolve to Save Lives, le dit sans détour : "Les acides gras trans sont un produit chimique toxique inutile et meurtrier. Il n'y a aucune raison pour que les habitants de la planète continuent d'y être exposés."

Ces acides gras trans industriels sont responsables, chaque année, de plus de 500 000 décès liés à des maladies cardiovasculaires, selon l'OMS. Et les régimes alimentaires à teneur élevée en acides gras trans augmentent le risque de cardiopathie de 21% et le risque de décès de 28%. Ils "augmentent les taux de LDL-cholestérol, un marqueur biologique reconnu du risque de maladie cardiovasculaire, et réduisent les taux de HDL-cholestérol, lequel ramène le cholestérol des artères au foie où il sera excrété dans la bile", détaille l'OMS. En résumé, les acides gras trans industriels favorisent le mauvais cholestérol au détriment du bon cholestérol.

Comment les éviter ?

Mentionner la présence de ces vilaines molécules sur les emballages alimentaires n'est pas obligatoire en France. Vous pouvez toutefois les repérer en traquant les mentions "huiles végétales hydrogénées" ou "partiellement hydrogénées". Les plus récentes études, qui remontent tout de même à 2008, montrent que le niveau d’exposition des Français à ces acides gras trans industriels est très bas. Si vous voulez vraiment les éviter, la seule option est de vous passer de plats préparés industriellement, et de laisser tomber la margarine, dont vous pensiez pourtant qu'elle était meilleure pour la santé que le beurre.

D'ici à ce qu'ils soient mentionnés sur les emballages, voire interdits, en France, l'OMS "recommande que le total des apports en acides gras trans soit limité à moins de 1 % des apports énergétiques totaux, soit moins de 2,2 grammes par jour pour un régime à 2000 calories"

On peut vraiment les interdire ?

Au Canada, l'étiquetage rendu obligatoire en 2002 a permis d'en faire chuter la consommation. En 2018, les "trans fats" seront carrément interdits dans le pays. A New York, "l'interdiction des acides gras trans dans la ville de New York a contribué à réduire le nombre d'infarctus du myocarde sans modifier ni le goût, ni le prix des aliments", assure l'ancien maire Michael Bloomberg. D'ailleurs, les Etats-Unis ont suivi. La FDA a décidé en 2015 de bannir les acides gras trans industriels, à partir de cette année.

Plus près de chez nous, au Danemark, pionnier dans le domaine, "la teneur en acides gras trans des produits alimentaires a fortement baissé et les décès par maladie cardiovasculaire ont baissé plus rapidement que dans les pays comparables de l'OCDE", selon l'OMS. L'Autriche, l'Islande, la Lettonie, la Hongrie et la Suisse lui ont emboîté le pas.

C'est sur "les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l'utilisation des acides gras trans produits industriellement est souvent moins strictement contrôlée", que l'OMS veut aussi agir, avec son plan baptisé "REPLACE".