Ouverture du procès Mediator : "Ma vie est fichue, mais j'ai la possibilité de me battre pour les personnes qui sont mortes et qui ne parleront pas"

Le procès du Mediator s'ouvre lundi 23 septembre. Ce médicament aurait provoqué de graves lésions cardiaques ainsi que la mort de centaines de patients en France. Michèle Jetot-Béhier, 73 ans, a eu d'importants problèmes au coeur après avoir pris du Mediator.

Des boîtes de Mediator, médicament interdit en France en 2009, le 18 novembre 2010. 
Des boîtes de Mediator, médicament interdit en France en 2009, le 18 novembre 2010.  (FRED TANNEAU / AFP)

"Je vais leur dire ce que je pense. Je vais leur dire que ce sont des assassins. Qu'ils se taisent enfin, pour que je puisse parler !", s'agace Michèle Jetot-Béhier, 73 ans, et très remontée depuis des années. Cette habitante de Seine-Saint-Denis s'est vu prescrire du Mediator à la fin des années 2000 pour maigrir. Et depuis dix ans, elle attend le procès des laboratoires Servier, qui doit s'ouvrir lundi 23 septembre après-midi à Paris.

Pendant plus de trente ans, cinq millions de patients français ont utilisé ce médicament, notamment comme coupe-faim. Des centaines d'entre eux en seraient mort. Le procès doit durer six mois, avec 2 600 parties civiles et plus de 300 avocats. Il est reproché au groupe pharmaceutique Servier d'avoir dissimulé les propriétés réelles du médicament et ses effets indésirables très graves. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sera elle aussi jugée pour avoir tardé à suspendre le Mediator, malgré les alertes.

Jacques Servier, grand absent au procès

Lorsque Michèle Jetot-Béhier a commencé à prendre du Mediator, il y a une dizaine d'années, elle a d'abord ressenti des douleurs à la poitrine avant de faire des malaises. Elle sera finalement opérée du coeur, deux valves ne fonctionnant plus. Elles sont remplacées par des valves mécaniques qui aujourd'hui résonnent en permanence dans son corps : "Ba-Boum, ba-boum, ba-boum. Elles battent au rythme du coeur. Ça fait dix ans que ça dure et je ne m'y fais toujours pas. Ça me ramène sans cesse au Mediator. Ils ont fichu ma vie en l'air. Je vis dans mon salon de 25 m² et je suis essoufflée pour un rien, au moindre effort. Être enfermée tout le temps dans 25 m², ce n'est pas une vie !"

Au-delà de ses conditions de vie, Michèle a également un regret. Jacques Servier, le fondateur du laboratoire, ne sera pas présent au procès : il est décédé il y a cinq ans. "Il aurait mérité d'avoir des baffes", se désole la septuagénaire. "Et encore je suis gentille. Je lui aurais fait bouffer son Mediator ! Je suis persuadée qu'il savait que son médicament était nocif. Mais ils vont se trouver des excuses. C'était le jackpot tous les mois pour Servier, il s'en mettait plein les poches."

"Une vie, ce n'est pas 100 000 euros"

Des conditions de vie très compliquées, des difficultés pour chaque geste du quotidien, mais Michèle est toujours en vie. "Ma vie à moi, elle est fichue. Mais il faut voir le nombre de personnes qui sont mortes et qui ne parleront pas. C'est pour ça qu'il ne faut rien laisser passer. J'ai la possibilité de me battre pour eux."

Selon Michèle Jetot-Béhier, le laboratoire lui aurait proposé de l'argent, qu'elle a décliné à chaque fois : "On m'a proposé 110 000 euros la première fois, et 173 000 euros la deuxième fois. J'ai dit non. Une vie ce n'est pas 100 000 euros. Je n'attends pas de l'argent." Avant de conclure : "Je voudrais qu'on ferme ce laboratoire, après je pourrai partir, je pourrai y passer."

Le reportage de Solenne Le Hen
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