Affaire de l'anesthésiste de Besançon : la fille d'une victime témoigne

Soupçonné d'avoir intoxiqué sept patients, dont deux sont décédés, un médecin anesthésiste de 45 ans a été mis en examen début mars puis remis en liberté depuis, sous contrôle judiciaire. Il clame toujours son innocence, mais la justice enquête sur une quarantaine de cas similaires.

Tout a commencé à la clinique Saint-Vincent de Besançon. En janvier dernier, deux patients font des arrêts cardiaques sur la table d’opération avant d’être réanimés. Après analyse de l’Agence régionale de santé, plus de doute possible : des doses létales de potassium et d’anesthésiques leur ont été injectées. Et ces empoisonnement ne seraient pas isolés : cinq autres victimes seraient concernées. Parmi elles, le père d’Amandine Lehlen. Entré à la clinique pour une opération du rein en 2008, il est décédé suite à un arrêt cardiaque provoqué par une intoxication à la lidocaïne.

"Notre chance est que l’anesthésiste qui s’occupait de mon papa voulait comprendre ce qu’il s’était passé donc elle a demandé une autopsie. Suite aux résultats d’autopsie, nous avons vu des incohérences dans le rapport donc nous étions sûrs et certains que son corps avait bien été empoisonné par un produit qui n’aurait pas dû être là, surtout à cette dose-là et c’est cela qui a entrainé l’arrêt cardiaque et la mort", explique Amandine.

Le Parquet est catégorique : vu les doses retrouvées dans le corps des victimes, il s’agit d’actes criminels et non d’accidents médicaux. "Ça se serait manifestement reproduit à de nombreuses reprises et cela voudrait dire en réalité, parce qu’il faut appeler un chat un chat, qu’il y a un tueur en série en blouse blanche qui est intervenu dans le milieu hospitalier", estime Me Frédéric Berna, avocat de l’association des victimes présumées.

Au centre des soupçons des enquêteurs, le Dr Frédéric Péchier, présent dans les cliniques pour chacune de ces sept opérations. Mais depuis sa mise en examen pour empoisonnement avec préméditation, l’anesthésiste de 45 ans, nie catégoriquement les faits. "Il conteste surtout le fait qu’il ait pu être à l’initiative de quoi que ce soit surtout que sur les sept patients dont il est question, une seule était sa patiente. Pour les autres, il n’est intervenu que à titre de soutien en tant que médecin anesthésiste", déclare Me Randall Schwerdorffer, son avocat.

Remis en liberté sous contrôle judiciaire fin mars 2017, Frédéric Péchier est pour l’instant interdit d’exercer sa profession. Pour les victimes, comme Bénédicte Boussard, qui a survécu à deux arrêts cardiaques sur la table d'opération, l’essentiel reste de connaître la vérité : "Maintenant qu’ils nous ont déclarés victimes, qu’ils ont dit que nous avons été empoisonnés, qu’ils ont trouvé des choses dans notre corps, dans les poches, etc. nous voulons savoir qui a fait ça ? Peu importe qui, mais on veut savoir", affirme-t-elle.

Et l'affaire pourrait encore prendre de l’ampleur. Une quarantaine d'incidents similaires, dont une vingtaine de cas  mortels, sont actuellement étudiés par les enquêteurs.