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Un nouveau massacre de civils au Niger, où les terroristes font régner la terreur

Comme le Mali, où à nouveau deux militaires français viennent d’être tués, le Niger voisin est endeuillé après des attaques terroristes très meurtrières qui ont fait au moins 100 morts.

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Un jeune garçon marche dans le village de Tchoma Bangou au Niger, le 4 janvier 2021, au lendemain d\'une attaque terroriste qui a fait 70 morts.
Un jeune garçon marche dans le village de Tchoma Bangou au Niger, le 4 janvier 2021, au lendemain d'une attaque terroriste qui a fait 70 morts. (STR / EPA)

La situation ne cesse de se dégrader au fil des mois dans ce pays grand comme deux fois la France, mais trois fois moins peuplé, avec 22 millions d’habitants, et au cœur du Sahel. Samedi 2 janvier, à la mi-journée, des centaines de terroristes ont fait irruption dans deux villages de l’ouest du Niger, près du Mali et du Burkina Faso. Ils étaient, comme toujours, à moto, et ils ont tiré sur les habitants, sans distinction, dans les deux villages de Tchoma Bangou et de Zarouma Dareye. Puis ils sont repartis comme ils étaient venus.

Le dernier bilan s’élève donc à 100 morts au moins. Uniquement des civils. Ce massacre n’a pas été revendiqué. Mais la localisation des faits, dans la zone dite des "trois frontières", et la méthode employée montrent du doigt l’organisation État islamique au Grand Sahara qui fait régner la terreur dans la région. Il est possible qu’il s’agisse d’un acte de représailles après le refus d’un ou plusieurs villageois de payer ce qu’on appelle la zakat, une sorte d’impôt islamique que ces terroristes extorquent régulièrement à la population.  

500 000 personnes contraintes de fuir

C'est le dernier massacre en date d’une série qui commence à être très longue. Le Niger est confronté, comme ses voisins du Mali et du Burkina Faso, à plusieurs mouvements terroristes. Au nord, il y a Al-Qaïda, même si cette menace semble moins forte qu’il y a quelques années. On se souvient de l’attaque en 2013 contre le site du groupe nucléaire français Areva à Arlit. Le sud-est est occupé par Boko Haram, qui a détruit un village et tué plus de 30 personnes à la mi-décembre, un peu selon le même mode opératoire que celui d’avant-hier. Enfin, au sud-ouest, le groupe État islamique. L’été dernier, il a assassiné six jeunes humanitaires français de l’ONG Acted, ainsi que leur chauffeur et leur guide. Et il y a un an, il avait attaqué deux bases militaires nigériennes, faisant 160 morts. Pas plus que ses voisins malien ou burkinabé, le Niger, qui est l’un des pays plus pauvres du monde, ne parvient à enrayer cet essor du terrorisme islamiste, malgré la mise en place d’un nouveau dispositif militaire plus mobile. Mais les jihadistes ont la maîtrise du terrain et échappent aux soldats. Et ce règne de la terreur fait fuir les populations : 500 000 personnes ont quitté leurs villages au cours des derniers mois.

Une transition démocratique en cours

Et tout ça se produit en plein processus électoral, un processus d'ailleurs assez exemplaire ce qui n’est pas si courant dans la région. Le président sortant Mahamadou Issoufou, qui vient d’effectuer deux mandats, a choisi de ne pas se représenter, de ne pas chercher à confisquer le pouvoir, en soi c'est déjà beaucoup. Et le premier tour de la présidentielle, mi-décembre, s’est bien passé, malgré le contexte. Le second tour est prévu le 20 février. Il opposera l’ancien ministre de l’Intérieur Mohammed Bazoum à un ancien président Mahamane Ousmane. Évidemment, ce processus démocratique n’est pas du goût des terroristes qui cherchent aussi à le faire capoter, en instaurant le chaos.    

Un jeune garçon marche dans le village de Tchoma Bangou au Niger, le 4 janvier 2021, au lendemain d\'une attaque terroriste qui a fait 70 morts.
Un jeune garçon marche dans le village de Tchoma Bangou au Niger, le 4 janvier 2021, au lendemain d'une attaque terroriste qui a fait 70 morts. (STR / EPA)