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Un enseignant de Lyon en procès en Turquie, symbole de la poursuite de la répression

Ce maître de conférences de l’université de Lyon est traduit en procès le vendredi 24 janvier. Et c’est très révélateur de la volonté du président Erdogan d'étouffer toute pensée critique dans le pays.

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Tuna Altinel.
Tuna Altinel. (YASIN AKGUL / AFP)

Son nom ne vous dit sans doute rien. Mais à l’université Claude Bernard, à Lyon, c’est une figure connue et respectée. Tuna Altinel est turc, il a 53 ans. Il vit en France depuis près de 25 ans et il enseigne les mathématiques à Lyon.   Seulement voilà : depuis neuf mois, il est bloqué en Turquie. Sans jugement. Ce vendredi 24 janvier, c’est la troisième audience de son procès, à Balikesir, au sud d’Istanbul. Altinel a été arrêté le 12 avril dernier à l’aéroport d’Istanbul, alors qu’il venait en vacances chez des amis. Son passeport lui a été confisqué. Et depuis il attend. Le point de départ est extrêmement ténu : les autorités turques reprochent à Altinel d’avoir participé, en France, à Lyon, à une soirée de débat sur une opération de répression des Kurdes par les forces turques, en 2016. Non seulement la soirée était parfaitement autorisée par la préfecture, mais Altinel s’était contenté de traduire les propos d’un ancien député d’un parti kurde, le HDP, parti au demeurant tout à fait légal. Pour le régime turc, c’est un motif suffisant d’arrestation et de poursuite.  

La troisième audience en neuf mois

Depuis neuf mois, il y a déjà eu deux audiences devant la justice. Au début, Altinel, qui fait partie de l’association des Universitaires pour la paix, a été accusé "d’appartenance à un groupe terroriste". Carrément. Et il a été incarcéré. Après une décision de la Cour constitutionnelle turque, l’été dernier, défendant la liberté d’expression, le motif d’inculpation d’Altinel a été requalifié en simple "propagande pour une organisation terroriste". Et il a été remis en liberté provisoire. Mais il ne peut pas quitter le pays et il risque jusqu’à 7 ans de prison ferme. Pendant ce temps, en France, un comité de soutien s’est monté à l’université de Lyon. Il envoie d’ailleurs une délégation au procès demain en Turquie. Quant aux autorités françaises, elles expriment simplement leur "préoccupation".    

157e au classement mondial de la liberté de la presse

Tout ça est donc révélateur de la répression qui se poursuit en Turquie : trois ans et demi après le coup d’Etat manqué de juillet 2016, le président Erdogan fait la chasse à toutes les voix critiques, en particulier sur la question kurde. Sur le sol turc, des centaines d’enseignants ont été poursuivis en justice à chaque fois sur ce motif de "propagande pour une organisation terroriste". Nombre d’entre eux ont été licenciés, et interdits de sortie du territoire. La répression vise aussi la presse : la Turquie est aujourd’hui l’une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes. 157e au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Dans un rapport publié en novembre dernier, plusieurs ONG dont RSF soulignaient combien la législation antiterroriste est détournée par le pouvoir turc pour faire taire toute contestation. Et dans le cas d’Altinel, ça va plus loin : on voit bien que cette chasse aux esprits critiques se prolonge jusque dans les pays étrangers, en l’occurrence en France.  

Tuna Altinel.
Tuna Altinel. (YASIN AKGUL / AFP)