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Un jihadiste présumé coincé entre la Turquie et la Grèce

La scène étonnante est révélatrice des tensions autour du renvoi des jihadistes étrangers vers leur pays d’origine.    

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(ERCIN TOP / ANADOLU AGENCY)

L'image est sidérante, digne d’un film de fiction. Ca se passe au nord-ouest de la Turquie : précisément entre la ville turque d’Erdine et le village grec de Kastaniès. C’est l’un des rares postes frontières terrestres entre les deux pays qui, on le sait, sont à couteaux tirés. Depuis le 11 novembre à la mi- journée, un homme est prisonnier du no man’s land d’une centaine de mètres qui sépare les deux postes de contrôle respectifs. Cet homme fait partie des trois premiers jihadistes expulsés lundi par la Turquie. Le premier a été renvoyé vers l’Allemagne, le second vers le Danemark. Dans les deux cas, ils ont été arrêtés à leur arrivée. Et lui, c’est le troisième. Selon la télévision turque, il est américain mais il refuse d’être renvoyé vers les Etats-Unis. Le 11 au matin, la Turquie a donc décidé de l’expulser par la Grèce. Sauf que la Grèce a refusé de le laisser entrer. Il s’est donc retrouvé coincé au beau milieu du no man’s land, à faire des grands gestes de la main, pour revenir en Turquie.

La scène a été diffusée par la télévision turque. Ce mardi 12 novembre, le président Erdogan a même été interpellé sur le sujet. Sa réponse, toute simple : "Ce n’est pas notre problème, qu’il soit bloqué par les Grecs nous importe peu". On ne sait pas si cet homme se trouve toujours dans le no man’s land ou s’il a été remis en prison en Turquie.

Apatrides et mistigri

Et personne ne sait quelle peut être la suite. C’est très révélateur de la situation de ces jihadistes, sortes de "patates chaudes", pardonnez la trivialité de l’expression. Personne n’en veut. D’ailleurs, plusieurs pays occidentaux ont déchu ces militants islamistes de leur nationalité d’origine, pour ne pas avoir à gérer leur situation. Par exemple, le Royaume-Uni a procédé à plus de 100 déchéances de nationalité de ce type depuis une dizaine d’années. La Turquie se retrouve donc avec des apatrides sur les bras, qui en plus sont très dangereux. Dans le cas de ce jihadiste américain, qui lui a conservé sa nationalité, il sera sans doute l’objet d’une partie des discussions entre le président turc Erdogan et le président américain Trump. Les deux hommes doivent se voir jeudi 14 à Washington.  

Au moins 1 200 djihadistes étrangers retenus en Turquie

Et la Turquie a bien l’intention d’accélérer cette politique d’expulsion des jihadistes : elle annonce déjà 22 autres expulsions dans les jours qui viennent : deux Irlandais, neuf Allemands, et onze Français, essentiellement des femmes. On sait combien le sujet prête à controverse en France. La Turquie, elle, est décidée à n’en garder aucun. Or elle dit en détenir 1 200, la plupart d’origine européenne. Et elle affirme en avoir arrêté près de 300 autres après son offensive très décriée dans la zone kurde du nord de la Syrie. Le ministre de l’intérieur turc a une position simple, à l’adresse des pays européens : "Ces jihadistes sont à vous, faites-en ce que vous voulez". Ça ressemble quand même beaucoup à une mesure de représailles après les critiques européennes sur l’offensive turque en Syrie.

(ERCIN TOP / ANADOLU AGENCY)