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Sous le regard inquiet de la France, les Comores vont voter pour l'élection présidentielle

L'élection présidentielle prévue dimanche 24 mars dans ce petit archipel de l'océan Indien s'annonce tendue et elle est source d'inquiétudes à Paris.

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La ville de Mutsamudu aux Comores, en 2019. 
La ville de Mutsamudu aux Comores, en 2019.  (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

L’affaire semble pliée : le président sortant, qui tient vendredi 22 mars un dernier grand meeting dans la capitale Moroni, devrait rempiler, dans cet archipel de 800 000 habitants situé entre la côte africaine du Mozambique et la grande île de Madagascar. Mais le déroulement du vote est en effet scruté avec attention par la France. Pourquoi ? Parce qu’à 70 kilomètres des côtes comoriennes, il y a le 101e département français : Mayotte. L'ile historiquement et géographiquement fait partie des Comores, mais a fait le choix au moment de l’indépendance du pays de rester française. Dimanche 24 mars, le président Assoumani, c’est son nom, est officiellement confronté à 12 rivaux. Mais c’est un leurre : en fait les trois principaux leaders de l’opposition ont tous été empêchés de se présenter, pour des motifs plus ou moins fallacieux. Il y a donc peu de chances qu’Assoumani soit contraint à un deuxième tour. Le problème, c'est que cet ancien putschiste vient de réaliser un tour de passe-passe constitutionnel. Il devait normalement quitter le pouvoir dans deux ans, il a fait réformer les institutions pour rester 10 ans ! Ça n’est pas du goût de tout le monde.  

Pauvreté et putschs en série

Les Comores sont familières de l’instabilité politique ! Depuis l’indépendance en 1974, les coups de force se sont multipliés. On se souvient du rôle joué par le mercenaire français Bob Denard jusqu’à la fin des années 80. En 1989, le président en place a été assassiné. Puis dix ans plus tard, premier putsch d’Assoumani, finalement évincé, puis revenu au pouvoir il y a trois ans lors d’une élection assez trouble. Et pendant ce temps-là, le pays stagne économiquement : 165ème sur 190 selon l’indice de développement humain de l’ONU. L'ile souffre d'un manque structurel d’infrastructures, de routes, d’hôpitaux, et son économie repose exclusivement sur trois produits : la vanille, les clous de girofle et l’ylang-ylang, une fleur aromatique. Le potentiel touristique n’est pas exploité, les réserves offshore en gaz ou en pétrole pas davantage. Et juste à côté, à Mayotte, le niveau de vie est 13 fois supérieur !  

L'attraction pour Mayotte

Or le résultat d’après-demain pourrait avoir un impact sur Mayotte parce que la grogne contre le président en place est très forte dans l’une des trois îles principales de l’archipel, Anjouan. C’est la plus pauvre et la plus frondeuse des Comores, et c’est aussi la plus proche de Mayotte. Un simple bras de mer les sépare, qu’utilisent les "passeurs" pour transporter les migrants. On se souvient de la crise majeure sur le sujet il y a un an. Et l’instabilité menace à Anjouan parce que la réforme institutionnelle imposée par le chef de l’Etat empêche l’île de récupérer, comme prévu, la présidence tournante du pays en 2021. Conclusion : si ça dégénère politiquement aux Comores, on n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise migratoire à Mayotte.    

La ville de Mutsamudu aux Comores, en 2019. 
La ville de Mutsamudu aux Comores, en 2019.  (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)