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Serbie-Kosovo : la paix enfin à portée de main

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction les Balkans, avec une bonne nouvelle.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Au centre, cravate bleue : le président serbe Aleksandar Vucic ; à ses côtés, cravate rouge, le président kosovar Hashim Thaçi, le 25 août 2018 à Vienne (Autriche). (HERBERT NEUBAUER / APA / AFP)

Ce week-end en Autriche, il s’est produit un événement passé quasi inaperçu dans la presse française : la Serbie et le Kosovo se sont tendus la main… Petite remise à jour : nous sommes au cœur des Balkans, Hongrie et Roumanie au nord, Macédoine et Grèce au sud. Il y a 20 ans, Serbie et Kosovo faisaient la une : 13 000 morts dans une guerre qui s’est soldée par une intervention de l’Otan (avec la France).

Un peu plus tard, le Kosovo a fini par déclarer son indépendance, en 2008. Mais ce tout petit pays de deux millions d’habitants n’est toujours pas reconnu par son voisin serbe. Et ce conflit larvé empoisonne la région.

Il y a 20 ans, les armes parlaient

Et voilà donc que ce week-end, lors d’un forum international en Autriche, on a entendu de vrais propos de paix… A la tribune de cette conférence, plusieurs dirigeants, costume cravate, très sérieux, assis à la tribune : tout ça fait est classique. Mais deux hommes sont côte à côte, au milieu : à gauche, le président serbe Aleksandar Vucic, 48 ans. A droite le président kosovar Hashim Thaçi, 50 ans. Il y a 20 ans, ces deux-là se tiraient dessus. Au sens premier du terme. L’un était un dirigeant ultra nationaliste serbe, l’autre un chef nationaliste kosovar.

D’ailleurs, ils sont restés cash. Lors de ce forum, Vucic le serbe a dit : "Thaçi ne m’aime pas et je ne l’aime pas non plus". Mais il a ajouté : "Il est temps de faire la paix, sinon la guerre va revenir"… Et son homologue kosovar Thaçi a embrayé : "Le temps est venu d’un accord avec la Serbie". On a même vu les deux hommes s’appeler par leur prénom et se chuchoter à l’oreille ! A l’échelle des Balkans, c’est un peu l’équivalent de l’Israélien Rabin et du Palestinien Arafat dans la période des accords d’Oslo.

L'espoir de paix reste fragile

Pour autant, la paix n’est pas encore tout à fait signée. Il y a deux écueils. Le premier est interne à chaque pays : ce sont les extrémistes, religieux chrétiens orthodoxes en Serbie, musulmans radicaux au Kosovo. Ils feront tout pour faire capoter l’accord de paix.

Le deuxième écueil est paradoxal : c’est l’Europe. Pour régler leur contentieux, Serbes et Kosovars envisagent une sorte d’échange de territoires qui modifierait leurs frontières : le Nord du Kosovo, à majorité serbe, contre l’extrême Sud de la Serbie, à majorité albanaise kosovar. Et ça ne plait pas trop aux Européens, en particulier Angela Merkel. Elle redoute la contagion avec d’autres conflits territoriaux dans les Balkans, en particulier en Bosnie et en Macédoine.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Une négociation formelle s’engagera le 7 septembre à Bruxelles. Et si tout se passe bien, le 9 septembre, le Serbe Vucic pourrait même se rendre en visite officielle au Kosovo. Un sacré symbole.

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