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Les manifestations ne s'arrêtent plus en Haïti

Ce pays des Caraïbes est paralysé par les blocages routiers et les défilés de la population en colère, contre la corruption du pouvoir politique en place.

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Des manifestants à Port-au-Prince, le 11 février 2019.
Des manifestants à Port-au-Prince, le 11 février 2019. (HECTOR RETAMAL / AFP)

Depuis le jeudi 7 février, ça ne s’arrête plus. Les scènes sont désormais partout les mêmes dans le pays, dans la capitale Port-au-Prince et les autres grandes villes comme Jacmel : barrages routiers, pneus et véhicules incendiés, scènes de pillages dans les magasins. Au moins quatre personnes ont été tuées ces derniers jours, mais le bilan exact est très difficile à établir. Toutes les écoles et toutes les administrations sont fermées et les festivités du carnaval, très importantes en Haïti, ont été suspendues. Les manifestants, des jeunes pour la plupart, défilent aux cris de "Jovenel dwe demet oswa demisyone", soit "Jovenel doit se démettre ou démissionner". Jovenel Moïse, c’est le président, depuis deux ans, de ce pays de 12 millions d’habitants, l’un des plus pauvres du monde : deux habitants sur trois vivent avec moins de deux dollars par jour.

Une corruption à grande échelle

En fait, les premières manifestations ont débuté en août dernier, mais la mobilisation s’est accélérée ces derniers jours, après la publication d’un rapport de la Cour des comptes, un rapport qui pointe la corruption politique. Le sujet n’est pas tant la pauvreté en tant que telle, ou l’inflation, pourtant considérable, 15%. Non, c’est bien la corruption de la classe dirigeante qui a mis le feu aux poudres. Au centre du scandale, l’affaire Petro Karibe. Au départ, c’est vertueux : Haïti achète au Venezuela du pétrole à tarif préférentiel, pour le revendre au prix du marché et dégager des bénéfices. Ces bénéfices sont censés financer le développement du pays, la construction de routes, de stades, d’hôpitaux. C’est là où les choses dégénèrent. La Cour des comptes, dans son rapport de fin janvier, a mis les pieds dans les plats : 15 anciens ministres et hauts fonctionnaires sont pointés du doigt, soupçonnés d’avoir détourné l’argent. Une entreprise, autrefois dirigée par l’actuel président, est également épinglée. C’était un secret de Polichinelle dans le pays. En Haïti, tout le monde connaît donc cette question : "Kot Kob Petro Karibe a ?" "Où est passé l’argent de Petro Karibe ?" Le montant des sommes détournées pourrait atteindre deux milliards de dollars, une fortune.

Un président muré dans le silence

En face, le pouvoir ne répond pas grand-chose. Le président est aux abonnés absents. Silence radio. Les dirigeants de l’opposition appellent évidemment à la démission, mais ils ne sont pas tellement crédibles, soupçonnés eux aussi de participer au système général de corruption qui gangrène Haïti depuis des décennies. Quant à la communauté internationale, elle se contente d’appeler au calme. Pas sûr que ce soit très efficace : il n’y objectivement aucune raison pour que les manifestations s’arrêtent. Il faut juste espérer que ça ne dégénère pas en violence généralisée.

Des manifestants à Port-au-Prince, le 11 février 2019.
Des manifestants à Port-au-Prince, le 11 février 2019. (HECTOR RETAMAL / AFP)