Le Salvador devient le premier pays au monde à faire du bitcoin une monnaie légale

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C’est sans précédent : le bitcoin, cette monnaie virtuelle qui existe depuis une dizaine d’années, devient, pour la première fois la monnaie officielle d’un pays, en l'occurrence dans cette république d'Amérique Centrale.

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Radio France
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Le Salvador fait le pari du bitcoin, illustration (20 janvier 2021). (SASCHA STEINBACH / EPA)

Depuis ce mardi 7 septembre au matin on peut théoriquement payer en bitcoins n’importe quel achat, même les courses les plus simples, dans ce petit pays de 6 millions d’habitants, de la taille de deux départements français. Comment ça marche ? Il suffit d’utiliser un porte-monnaie électronique, via une application sur son téléphone portable, une application baptisée Chivo (en gros ça veut dire, c’est top, c’est super !) Et le gouvernement salvadorien a mené une campagne intense de promotion avec des publicités clamant "À partir du 7 septembre, tu peux charger l’application ‘portefeuille Chivo’, application gratuite du gouvernement et tu pourras payer en bitcoins ou en dollars". Le dollar américain, c’est en effet jusqu’à présent la seule monnaie officielle au Salvador.  En imposant le bitcoin, le président salvadorien Nayib Bukele pose un acte d’autonomie envers Washington. Et surtout il veut faire faire des économies aux Salvadoriens : près du quart de la richesse nationale dépend en effet des transferts d’argent effectués par les Salvadoriens de l’étranger. Or les commissions prises par les banques sur ces transferts en dollars sont colossales : 13 dollars en moyenne sur un virement de 200 dollars. Pour financer cette "révolution monétaire", le pouvoir salvadorien a déjà provisionné 400 bitcoins, soit à peu près 20 millions de dollars !  

Un pari risqué et mal perçu par la population

Mais cette décision pose des problèmes en pagaille. D’abord le cours du bitcoin est très volatile. Donc ça pourrait coûter cher aux Salvadoriens en particulier les plus démunis si le cours chute et que ça se répercute sur les prix des denrées de base. Et puis l’infrastructure téléphonique et numérique de ce pays, longtemps marqué par la guerre et l’instabilité, cette infrastructure est très insuffisante. S’y ajoutent des questions, on le sait, sur les nuisances écologiques liées aux bitcoins et une ambiguïté sur le caractère obligatoire ou simplement recommandé de la nouvelle monnaie. Résultat : 80% des Salvadoriens ne comprennent rien à ce que sont les Bitcoins. À près de 70%, ils se disent opposés à cette réforme. Bref, ils vont sans doute continuer de payer en dollars. Quant aux États-Unis, ils voient évidemment cette décision d’un mauvais œil et affirment redouter des opérations de blanchiment d’argent.  

Un président en pleine dérive autoritaire

Mais tout ça ne fait ni chaud ni froid au président Salvadorien: Nayib Bukele est une personnalité iconoclaste qui a accédé par surprise à la présidence en 2019. 40 ans, d’origine palestinienne, presque toujours en jean et en basket, il se qualifie de "président le plus cool du monde". Il a obtenu quelques succès depuis deux ans, notamment sur la réduction de la criminalité. Mais il dérive vers l’autoritarisme, concentre peu à peu tous les pouvoirs avec sa famille et supporte mal la contestation. Par exemple, fin août, un informaticien spécialiste du bitcoin a été gardé à vue une quinzaine d’heures après avoir critiqué publiquement la réforme monétaire. En tous cas, on verra si, en adoptant le bitcoin, le Salvador a fait acte de précurseur ou a commis un suicide financier.  

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