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Le #MeToo des Ouïghours, les musulmans chinois

La Chine est vivement interpellée sur les réseaux sociaux à propos du sort de la minorité musulmane opprimée qui habite l'ouest du pays.

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Des Ouïghours à Urumqi, dans la province chinoise du Xinjiang.
Des Ouïghours à Urumqi, dans la province chinoise du Xinjiang. (STR / AFP)

Ça s’appelle un effet boule de neige. Il ne cesse de s’amplifier et commence à embarrasser Pékin. Tout a commencé samedi 9 février en Turquie : la presse d’Istanbul annonce la mort d’un célèbre musicien ouïghour, retenu depuis deux ans dans un camp d’emprisonnement chinois. C’est faux, répond Pékin, qui publie une vidéo montrant le musicien en question, Abdurehim Heyit. L’authenticité de la vidéo fait débat. Mais surtout, ce que Pékin n’avait pas prévu, c’est la conséquence en chaine : loin de clore le débat, la publication de cette vidéo déclenche une tempête sur internet. Lundi 11 février, un exilé ouïghour, en Finlande cette fois, déclenche sur Twitter le slogan #MeTooUyghur, en demandant des "preuves de vie" de tous les autres membres de cette minorité musulmane opprimés par le pouvoir chinois, et portés disparus depuis de longs mois. La boîte de Pandore est ouverte : depuis trois jours, des milliers de messages ont été postés sur les réseaux sociaux pour formuler la même demande. Le plus souvent, ce sont des exilés qui demandent des nouvelles de leurs proches, "disparus" depuis des mois et des mois. Et voilà Pékin bien embarrassé parce que le pouvoir chinois a tout fait pour dissimuler cette répression.  

Un million de personnes retenues dans des camps

L’ONU estime aujourd’hui que plus d’un million de Ouïghours seraient détenus dans des camps dans cette région située à l’extrême ouest de la Chine, près de l’Asie centrale et du Pakistan. La diaspora ouïghour avance des chiffres encore plus importants : deux voire trois millions de personnes, soit près du quart de cette population musulmane. Les premières arrestations ont eu lieu il y a cinq ans : elles visaient surtout des intellectuels, des enseignants, des chefs d’entreprise. Et dans un premier temps, Pékin a nié l’existence même de ces camps. Devant l’accumulation des témoignages et la publication de photos satellite, la Chine a fini par admettre les faits, mais parle pudiquement de "camps de rééducation". Selon Pékin, on y ferait de la danse et du sport. La réalité est toute autre, si l’on en croit les principales organisations de défense des droits de l’homme : il s’agit bien de camps d’internement, ce que l’Union soviétique appelait autrefois le "goulag". Et il n’y a pas d’exemple de personne qui en soit ressortie. Il s’agit donc bien d’une répression généralisée.  

Une région stratégique

La Chine s’en prend à cette minorité musulmane pour plusieurs raisons. D’abord, les Ouïghours ont toujours résisté à la présence chinoise, et au peuplement de l’ethnie principale, les Hans. Il y a 10 ans, en 2009, leur soulèvement, à Urumqi avait fait des centaines de morts. Pour le pouvoir central chinois, il s’agit, je cite, de "terrorisme". Il y a aussi des raisons sous-jacentes. Cette région de l’ouest de la Chine est déterminante stratégiquement : son sous-sol regorge de pétrole, de gaz et de charbon. Et surtout elle est, géographiquement, au cœur, du projet stratégique chinois des "nouvelles routes de la soie" : c’est une tête de pont commerciale. Il y a donc fort à parier que la répression se poursuive, malgré le "MeToouyghur".        

Des Ouïghours à Urumqi, dans la province chinoise du Xinjiang.
Des Ouïghours à Urumqi, dans la province chinoise du Xinjiang. (STR / AFP)