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Le Chili face à une nouvelle vague épidémique, malgré une vaccination rapide

Toute l'Amérique du Sud est confrontée à une nouvelle vague de la pandémie. Et le cas du Chili intrigue, parce que cette nouvelle poussée épidémique se produit alors même que le pays est très avancé dans la vaccination.    

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Un centre de vaccination dans une église de Valparaiso, au Chili, le 6 avril 2021
Un centre de vaccination dans une église de Valparaiso, au Chili, le 6 avril 2021 (JAVIER TORRES / AFP)

Le Chili est l’un des cinq pays au monde où la campagne de vaccination a progressé le plus vite. 36% de la population a reçu au moins une dose. Et malgré cela, la nouvelle vague est difficile à contrôler. Les chiffres de contamination restent élevés avec des services de réanimation qui demeurent occupés à 96%. Le pays compte 23 700 morts, c’est presque autant que la France rapporté à la population globale (19 millions d'habitants).

Les Chiliens ont recours au vaccin chinois

Les pouvoirs publics ont donc dû se résoudre à rétablir le confinement. Forcément, cette décision pose question et peut inquiéter. Comment expliquer ce paradoxe ? La première interrogation porte sur l’efficacité du vaccin. Le Chili a essentiellement recours au vaccin chinois Sinovac. Et selon une étude universitaire chilienne qui vient de paraître, ce vaccin n’a quasiment aucune efficacité après la première dose (3% seulement) et il faut attendre deux semaines après la deuxième vaccination pour mesurer un effet réel, mais sur 56% des patients seulement.

Qui plus est, il y a un vrai doute sur l’efficacité du produit face au variant brésilien du virus, qui ravage déjà le Brésil et qui a été repéré également sur plusieurs centaines de cas au Chili. Cela dit, comme nous le précise notre correspondante à Santiago Justine Fontaine, cette étude est contestée car elle ne compare pas l'incidence du virus entre population vaccinée et non vaccinée. Donc ce n'est sans doute pas l'explication principale. Il faut donc chercher l'explication ailleurs.

Du relâchement avec un sentiment trompeur de sécurité

L'explication principale, c'est que 36% de la population partiellement vaccinée, ce n’est pas suffisant, c’est un fait scientifique. Cela reste loin de l’immunité collective, tout en ayant un effet pervers : créer mécaniquement un début de sentiment de sécurité, et donc du relâchement sur les mesures de distanciation sociale et sur le port du masque.

La population est évidemment, comme partout, psychologiquement épuisée face aux mesures de restriction. Donc au premier signe montrant la sortie du tunnel, en l’occurrence une vaccination rapide, il est tentant de se croire arrivé. En plus au Chili, c’est la fin de l’été austral, les vacances sont passées par là, provoquant le relâchement de certaines mesures de protection. Le gouvernement a d'ailleurs assoupli certaines restrictions : plusieurs types de commerces ont pu rouvrir, les écoles ont d’abord redémarré comme si de rien n’était. On l’avait observé en Europe de la même manière en septembre dernier, avec les conséquences que l’on sait.    

Autorisation de quatre heures de sortie hebdomadaires

Le Chili n’a donc pas eu d’autre choix que de confiner à nouveau depuis dix jours et malgré la vaccination. Avec des mesures très strictes : couvre-feu partout, frontières fermées et dans certaines régions seulement deux autorisations de deux heures de sortie par semaine pour chaque personne, aucune autorisation le week-end, etc. La dernière décision en date, ce mardi 6 avril au soir, est le report à la mi-mai d’une élection prévue le week-end prochain. Elle devait désigner les membres de l’Assemblée qui va réviser la Constitution, un enjeu majeur dans le pays pour tourner la page des années de dictature de Pinochet.

Le nouveau confinement commence à produire quelques effets. Les chiffres de contamination diminuent un peu mais c’est très lent. Cet exemple chilien le démontre : le retour à la normale prend beaucoup de temps, attention à l’instauration trop rapide d’un faux sentiment de sécurité avec la progression de la vaccination.        

Un centre de vaccination dans une église de Valparaiso, au Chili, le 6 avril 2021
Un centre de vaccination dans une église de Valparaiso, au Chili, le 6 avril 2021 (JAVIER TORRES / AFP)