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La guerre en Éthiopie en passe de déclencher un exode massif de réfugiés

Une crise humanitaire se dessine dans l’Est de l’Afrique, plus précisément à la frontière entre l’Ethiopie et le Soudan, huit jours après le début d’une guerre ouverte dans le nord de l’Ethiopie.  

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Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, le 4 novembre 2020. 
Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, le 4 novembre 2020.  (- / ETHIOPIAN PUBLIC BROADCASTER (EB)

Ils sont désormais des milliers et leur nombre ne cesse d’augmenter. Plus de 11 000 réfugiés éthiopiens ont déjà franchi la frontière depuis le 7 novembre pour trouver refuge au Soudan près de la ville de Kassala. Leur nombre s’est multiplié par cinq en cinq jours. Ils fuient les combats qui opposent depuis le 4 novembre l’armée régulière du gouvernement éthiopien et les rebelles du TPLF, le Front de libération du peuple du Tigré, une région du Nord de ce pays de 110 millions d’habitants.

Les autorités du Soudan redoutent un afflux massif de réfugiés et évoquent déjà le chiffre potentiel de 200 000 personnes, soit 10% de la population du Tigré. Ce sont le plus souvent des femmes et des enfants, les hommes sont au combat. Ces femmes et ces enfants arrivent à pied, après avoir franchi le Tekeze, une rivière qui est l’un des affluents du Nil. Ils sont généralement épuisés, affamés, assoiffés. Il fait jusqu’à 40 degrés dans la zone. Selon le gouvernement soudanais, la situation est d’ores et déjà critique avec une pénurie de logement et de nourriture. D’autant que la région abrite déjà d’autres réfugiés, venus d’un autre pays, l’Erythrée située juste à côté. Tout est réuni pour déclencher une crise humanitaire.  

Un contentieux ethnique très ancien

Ces réfugiés fuient des combats qui ont démarré le 4 novembre lorsque le gouvernement central éthiopien a déclenché une vaste offensive contre le TPLF, ce mouvement rebelle d’inspiration marxiste. Le TPLF ne connaît pas l’autorité du gouvernement d’Abiy Ahmed à Addis Abeba. Et il est très difficile de connaître la situation militaire exacte : les journalistes sont persona non grata dans toute la zone, internet a été coupé, les aéroports sont fermés et les routes sont bloquées.  

Ces combats étaient largement prévisibles, parce qu’ils reposent en bonne partie sur un contentieux ethnique. Pendant près de 30 ans, la minorité du Tigré, qui représente 6% de la population en Ethiopie, a détenu les clés du pouvoir dans le pays. Mais tout a changé avec l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed il y a deux ans et demi. Les deux principales ethnies, les Oromo et les Ahmara ont fait leur retour en grâce. Et le TPLF du Tigré a quasiment fait sécession. Comme les contentieux territoriaux sont anciens entre ces différentes ethnies, le risque est élevé d’une généralisation des affrontements et d’une véritable guerre civile. Les deux camps sont lourdement armés.  

Un prix Nobel de la paix entré en guerre

Le paradoxe c’est que l’homme au cœur de cette guerre, c’est Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix l’an dernier, pour avoir fait la paix avec le pays voisin, l’Erythrée. Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, a durci sa gouvernance ces derniers mois, sous prétexte de gestion de l’épidémie de Covid-19. Surtout, il ne supporte pas cette sécession d’une partie de l’Ethiopie. Il a donc choisi la voie des armes, ce qui peut surprendre en effet pour un prix Nobel de la Paix.

Comme toute la région est une poudrière, ça peut vraiment mal tourner, malgré les appels au calme de l’ONU et de l’Union Africaine. Le conflit peut déborder sur les pays voisins. Et on ne peut pas exclure une crise humanitaire majeure dans l’une des régions les plus pauvres au monde.      

Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, le 4 novembre 2020. 
Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, le 4 novembre 2020.  (- / ETHIOPIAN PUBLIC BROADCASTER (EB)