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La dynastie Gnassingbe règne sur le Togo depuis 53 ans

Ce petit pays d’Afrique de l’ouest s’apprête à voter pour l'élection présidentielle. C’est la même famille, les Gnassingbe, qui détient le pouvoir depuis plus d'un demi-siècle.

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Faure Gnassingbe, président du Togo et candidat à la présidentielle, à Dapaong dans le nord du Togo, le 16 février 2020.
Faure Gnassingbe, président du Togo et candidat à la présidentielle, à Dapaong dans le nord du Togo, le 16 février 2020. (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

La même famille est au pouvoir au Togo depuis 53 ans et cela ne changera certainement pas après le vote de samedi 22 février, dans ce pays de huit millions d’habitants, au bord du Golfe de Guinée, un peu à l’est de la Côte d’Ivoire. Dans la famille Gnassingbe, il y a d’abord eu le papa : Gnassingbe Eyadema. Il a pris le pouvoir peu après l’indépendance, à l’issue d’un coup d’État en 1967. Il a dirigé le pays de façon très autoritaire jusqu’à sa mort en 2005, soit 38 ans au pouvoir. Celui qui lui a succédé, c'est son fils, Faure Gnassingbe. Ses partisans l’appellent par son prénom, Faure. Ses opposants le surnomment "Petit Gnass".

Faure Gnassingbe est donc aux manettes depuis 15 ans et est assuré d’obtenir un 4e mandat consécutif. Comme souvent dans cette partie de l’Afrique, la Constitution a été modifiée pour lui permettre de rester au pouvoir. Il est même d’ores et déjà autorisé à se présenter en 2025, pour un 5e mandat. En fait, les élections ne sont qu’un cache sexe, une illusion de démocratie. On est davantage en présence d’une forme de monarchie héréditaire.

Un système verrouillé

L’opposition est divisée et destructurée, elle n’a aucune chance de l’emporter, d'autant qu'elle est évidemment réprimée. Il y a eu 500 morts dans les manifestations en 2005 lors de la succession entre le père et le fils et plus récemment, des dizaines d’arrestations lors de nouvelles manifestations, en 2017 et 2018 pour s’opposer à la modification constitutionnelle. Cette contestation n’a conduit nulle part. Qui plus est, les observateurs indépendants sont systématiquement refoulés lors des scrutins. Cette fois encore, le conseil épiscopal de l’Église avait demandé à placer à 9 000 observateurs dans les bureaux de vote. Refus clair et net.

Il s'agit donc d'une main de fer, mais dans un gant de velours. Ces derniers jours, Faure Gnassingbe a fait campagne sur un mode souriant, allant serrer les mains sur les marchés. Il peut se le permettre parce que tout est verrouillé. Le parti au pouvoir est omniprésent, il contrôle l’armée et toutes les instances de décision. Donc pas vraiment besoin de réprimer, ça marche tout seul.

Le silence de la communauté internationale

Faure Gnassingbe a un autre atout : c’est le silence, voire l’appui, des grands parrains étrangers, l’Occident, la Banque mondiale, la Chine, la Russie, etc. Pourquoi ce silence ? Parce que tout le monde préfère la stabilité. Les Européens jugent que la priorité est de lutter contre le terrorisme qui sévit au Sahel, notamment au Burkina Faso, juste au Nord du Togo. De ce point de vue, l’armée de Faure Gnassingbe offre quelques garanties.

La Chine et la Banque mondiale donnent la priorité au développement économique : électrifier le pays et construire des routes. C’est d’ailleurs en progrès, la croissance frémit, même si plus de la moitié de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Tout cela fait donc les affaires de la dynastie familiale. Au rythme où ça va, les Gnassingbe vont encore diriger le Togo pour un moment.

Faure Gnassingbe, président du Togo et candidat à la présidentielle, à Dapaong dans le nord du Togo, le 16 février 2020.
Faure Gnassingbe, président du Togo et candidat à la présidentielle, à Dapaong dans le nord du Togo, le 16 février 2020. (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)