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La disparition d'un journaliste saoudien emblématique

C'est un mystère qui nous vient d'Istanbul : sur fond de conflit entre la Turquie et l'Arabie Saoudite, l'un des plus célèbres journalistes saoudiens vient de disparaître dans la grande ville turque.

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Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2010
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2010 (AFP)

Il s’appelle Jamal Khashoggi. Avant-hier matin, il se rend au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul : il doit récupérer des papiers en vue de son divorce. Sauf que les heures tournent, la journée passe… Et Khashoggi ne ressort pas. Sa fiancée, avec laquelle il doit se remarier, se rend au consulat. Porte close. Depuis elle attend devant.  Khashoggi a bien disparu. L’ambassade saoudienne affirme qu’il est ressorti. Mais le gouvernement turc dit le contraire, images de vidéosurveillance à l’appui. Une chose est certaine : quelqu’un ment. Il faut préciser que les deux pays ont de très mauvaises relations. Ça sent le roman d’espionnage à la John Le Carré. L’affaire fait la une de quasiment toute la presse arabe, et suscite un flot de commentaires sur Twitter.

Un journaliste fâché avec le pouvoir saoudien

Beaucoup vont jusqu’à dire que Khashoggi a été kidnappé par les Saoudiens et déjà exfiltré vers la capitale Ryad. Cette hypothèse n’est pas absurde tant ce journaliste n’est pas en odeur de sainteté en Arabie Saoudite. Khashoggi est tout sauf un inconnu. C’est un journaliste très expérimenté. Il a 59 ans, a couvert de multiples conflits, notamment la guerre en Afghanistan, et a été le rédacteur en chef de deux grands journaux saoudiens, Al Arab et Al Watan. Quand le prince héritier Mohammed Ben Salmane est devenu l’homme fort du régime saoudien il y a près de deux ans, Khashoggi l’a d’abord soutenu. Mais ensuite, il est devenu très critique, à la fois de l’intervention saoudienne au Yémen, de la concentration du pouvoir dans les mains du prince, et plus globalement de la monarchie.   Autant dire évidemment que cette liberté de parole ne plait guère au pouvoir saoudien. L’an dernier, Khashoggi a donc choisi de fuir le royaume. Il se sentait menacé. Il s’est réfugié aux Etats-Unis où il est devenu collaborateur du célèbre Washington Post. Le visage rond, un petit collier de barbe, il s’habille volontiers à l’occidentale.   Officiellement, Khashoggi ne fait l’objet d’aucune poursuite de la part de Ryad, mais il évoquait souvent un "climat de peur et d’intimidation".  

La face cachée de MBS

Ça renvoie aussi à la "face cachée" du pouvoir du nouveau prince saoudien, Mohammed Ben Salmane. MBS, tout le monde l’appelle par ses initiales, a d’abord donné l’image d’un réformateur qui allait moderniser le pays, notamment en accordant plus de droits aux femmes, et en luttant contre la corruption des élites. Mais progressivement, on découvre aussi un homme qui supporte mal la critique, qui fait arrêter les dissidents et emprisonne les journalistes.  A ce stade, impossible de savoir si Khashoggi a réellement été enlevé par les Saoudiens. L’ONG Reporters sans frontières demande des éclaircissements en urgence. Mais si le kidnapping est confirmé, la France ne pourra pas rester silencieuse. Et Paris pourrait se retrouver dans une situation inconfortable, puisque nous sommes les alliés du régime saoudien, auquel nous vendons des armes pour faire la guerre au Yémen.  

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2010
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2010 (AFP)