L'Autriche, nouveau nid douillet des espions venus de Russie

La ministre de la Justice autrichienne a récemment déclaré vouloir en finir avec l'image "de havre de paix pour espions", dont souffre son pays. Le gouvernement veut aujourd'hui durcir les condamnations pour espionnage et donner plus de moyens à la police pour enquêter.
Article rédigé par Olivier Poujade
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le chancelier autrichien, Karl Nehammer, estime que les infiltrations russes en Autriche sont des affaires de sécurité nationale. (MOHAMMED BADRA / POOL / EPA POOL)

Les annonces du gouvernement autrichien interviennent, après l'arrestation le 29 mars 2024 d'un ancien agent soupçonné d'avoir revendu des informations à la Russie. Cet homme, les autorités autrichiennes le connaissent bien. En 2017, Egisto Ott, agent spécialisé dans la surveillance de l'extrémisme au BVT, l'office fédéral pour la protection de la Constitution, avait déjà été suspendu et soupçonné d'avoir revendu des informations confidentielles à la Russie. Mais très vite, et assez miraculeusement, il avait été blanchi par la justice et réintégré dans un autre service au ministère de l'Intérieur.

C'est probablement ce qui secoue le plus, la classe politique autrichienne, car en pleine campagne législative en Autriche, tous les partis s'accusent mutuellement d'avoir entretenu des liens avec Egisto Ott. Son arrestation révèle le profond degré de son infiltration dans les institutions et à travers lui, celui des renseignements russes.

Le chancelier autrichien, Karl Nehammer, prenait ce dossier très au sérieux lors de son passage à Paris, le 1er avril. "Il s'agit d'une affaire de sécurité nationale très grave. L'enjeu est énorme et nous devons évaluer l'impact sur notre politique intérieure, déclarait-il. Comprendre comment des services de renseignements, en l'occurrence ici, ceux de la Fédération de Russie, ont visiblement commencé à s'infiltrer dans nos institutions, mais également influencé le processus de décision politique dans notre pays. Il faut regarder ça de près, car il s'agit d'une attaque contre notre démocratie et contre nos institutions."

Un espion blanchi, mais toujours de mèche avec Moscou

Egisto Ott avait été suspendu en 2017, puis blanchi, mais il n'a jamais arrêté de travailler avec la Russie. On le soupçonne, par exemple, d'avoir transmis en 2022, l'adresse de Cristo Grozev, un journaliste du site d'investigation Bellingcat. Ce site est à l'origine des révélations sur les méthodes d'empoisonnement au Novitchok, par les renseignements, des agents militaires russes agissant à l'étranger. Un autre fait d'armes a été la livraison de trois téléphones portables de hauts fonctionnaires autrichiens, aux renseignements russes, via un réseau bulgare. Ces trois téléphones sont tombés dans l'eau, lors d'une sortie mouvementée sur le Danube et qui avaient été confiés pour réparation au BVT, l'ancien service d'Egisto Ott.

Au total, il aurait effectué 380 recherches illégales dans la base de données de la police autrichienne, et tous ces détails émanent d'un récent rapport (lien en anglais) du Royal United Services Institute britannique, qui explique comme la Russie cherche à relancer ses opérations "non conventionnelles" à l'étranger. Selon ce rapport, la diffusion en Allemagne d'une conversation entre deux gradés de l'armée sur la livraison de missiles Taurus à l'Ukraine ou encore l'assassinat en Espagne, du pilote déserteur russe, Maxim Kuzminov, confirment que les renseignements ont bien réactivé leurs réseaux, dans le but de déstabiliser l'Europe.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.